Réduction budgétaire, constitution de réserves « stratégiques », abolition officielle des jachères, suspension probable des taxes à l’importation de céréales… la Politique Agricole Commune (PAC) est au cœur des débats. La Commission Européenne a ainsi proposé le 19 septembre, de prélever la majeure partie des fonds nécessaires au lancement de Galileo – le système européen de positionnement par satellite destiné à concurrencer le GPS américain – sur le budget alloué à la PAC dans les perspectives financières 2007-2013. Bien que la révision finale du budget européen ne soit présentée par la Commission qu’au tournant de 2009, cette annonce est symboliquement forte : elle revient sur la garantie des crédits de la PAC jusqu’en 2013 obtenue par Jacques Chirac, alors qu’il était président de la République française. La Commission considère qu’elle peut prélever plus de 2 milliards d’euros du premier pilier (constitué des aides directes) en 2007 et 2008, dans la mesures où ces sommes font partie des marges budgétaires qui ne sont généralement pas dépensées. D’autant plus que « la situation favorable du marché dans le secteur agricole » l’a conforté dans son choix qui n’a d’ailleurs suscité que peu de réactions. Les temps ont donc bien changé car il y quelques mois, la simple évocation d’un tel transfert de fonds aurait déclenché la levée de nombreux boucliers. Alors qu’on se réjouit de la récente hausse des cours quand il s’agit de justifier des réductions budgétaires, on s’inquiète à l’inverse la raréfaction de l’offre et de la baisse des stocks à l’origine de cette ascension. « Ne faudrait-il pas penser à la constitution de réserves stratégiques ? » au niveau européen, s'est interrogé devant la presse le ministre portugais de l'agriculture, Jaime Silva, à l’ouverture du Conseil des Ministres du 26 septembre. Dans l’idée de tempérer la hausse des prix et de relancer la production sur le territoire, les ministres de l’Agriculture, sur proposition de la Commission, ont finalement aboli le taux de 10% de jachère obligatoire pour les semis de l’automne 2007 et ceux du printemps 2008. Grâce à la mobilisation de ces 3,8 millions d’hectares sur le territoire européen, une augmentation de 10 millions de tonnes de céréales est attendue, soit le volume que l'Europe a importé l'année dernière. Dans le même temps, et à la surprise générale, la commissaire européen à l’Agriculture, Mariann Fisher Boel, a proposé de suspendre les droits de douane sur les importations de blé, de maïs et autres grains. Toujours dans l’idée d’enrayer la hausse du prix des céréales et de réduire les risques de répercussion sur les produits alimentaires. En dépit du soutien affiché par l’Espagne, la logique de cette proposition semble échapper à bon nombre d’observateurs, en particulier en France : comment vouloir d’un côté relancer la production communautaire et de l’autre la soumettre à plus de concurrence en permettant l’importation de céréales à bas prix ? « C’est une catastrophe politique », affirme Philippe Pinta, président du Groupe Céréaliers de France. « Il faut être fou pour mettre une idée pareille sur la table en pleine négociation avec l’Organisation Mondiale du Commerce ». Et Michel Barnier, ministre de l’Agriculture français de rajouter : « Si on supprime ces droits de douane, il est très difficile d’imaginer qu’on pourra les réintroduire plus tard, dans l’hypothèse d’un retournement de marché »1 . La levée des quotas laitiers européens est par ailleurs toujours à l’étude, alors qu’en France les producteurs laitiers sont d’ores-et-déjà autorisés à augmenter leur production individuelle de 10% pour parvenir à se rapprocher du contingent national. Alors que le bilan de santé de la PAC est amorcé, espérons que la conjoncture actuelle ne fasse pas perdre de vue le besoin d’outils de gestion des marchés. Le nouveau contexte agricole (production mondiale en baisse, demande en hausse, stocks mondiaux au plus bas) a pris de court tous les acteurs et les observateurs. Il démontre au contraire l’impétueuse nécessité d’instruments d’analyse et de régulation tout en appelant à de nouvelles réformes.
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