Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Les crises alimentaires au XXIe siècle :
un enjeu mondial de sécurité (colloque)

7 Juillet 2014


« Les crises alimentaires au XXIe siècle : un enjeu mondial de sécurité », c’est autour de cet intitulé que s’est tenu le 1er juillet un colloque à l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ). Un sujet particulièrement ambitieux si l’on sait que les enjeux de sécurité alimentaire sont devenus primordiaux et stratégiques, notamment depuis la crise alimentaire de 2007-2008.

C’est ainsi que trois intervenants, Benoît Daviron, chercheur au CIRAD, Sébastien Jean, directeur du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) ainsi que Pierre Janin, géographe et chercheur à l’IRD, ont eu la lourde tâche d’aborder ce sujet particulièrement sensible.

Si tous les intervenants sont d’accord pour considérer la sécurité alimentaire mondiale comme un enjeu stratégique et sécuritaire majeur du XXIe siècle, les causes qui en expliquent l’apparition et les réponses à y apporter font débat. Si l’instabilité des marchés agricoles et la volatilité des prix ont été abordées comme facteurs amplificateurs de la crise alimentaire de 2007-2008, Benoît Daviron préfère davantage considérer la hausse tendancielle des prix plutôt que la seule volatilité, alors que la crise s’est manifestée différemment selon les pays et se présente davantage comme un problème lié à la demande plutôt qu’à l’offre. Par ailleurs, le consensus semble l’emporter pour admettre que les règles de l’OMC sont inadaptées pour traiter des échanges agricoles, comment alors permettre aux pays, notamment aux PED, de se prémunir de l’instabilité des marchés et in fine de garantir la sécurité alimentaire ?

Les politiques d’intervention, notamment les mesures aux frontières, visant à amortir les prix domestiques par rapport au prix mondial, constituent des mesures nocives, selon Sébastien Jean. Des solutions sont à chercher en termes d’un meilleur mode de régulation notamment étatique et par la poursuite de la mise en place d’une gouvernance alimentaire mondiale, selon Pierre Janin. Plus globalement, la recherche d’une meilleure coopération est indispensable, car tous partagent l’avis que les pires crises sont à venir.

Le propre d’un débat est de confronter différents points de vues, ainsi les questions ont été nombreuses à l’issue du colloque. Jean-Christophe Debar, président de FARM, a ainsi rappelé que le facteur de la productivité devait également être pris en compte comme facteur essentiel dans l’appréhension de la sécurité alimentaire. Le colloque n’aurait pas pu être exhaustif tant les enjeux concernant la sécurité alimentaire sont complexes et multiples. Cependant, Il serait dommageable de ne pas considérer les répercussions néfastes de ces dernières années de la libéralisation non régulée des échanges agricoles. Ce phénomène a largement contribué à amplifier la volatilité structurelle des cours des matières premières agricoles, non seulement à la hausse mais également à la baisse, et a joué en défaveur de la sécurité alimentaire.

Il serait alors dangereux de croire que les seules forces du marché sont capables d’assurer la sécurité alimentaire de bientôt 9 milliards de consommateurs et de fournir aux agriculteurs « une vision claire à long terme ». Si nous souhaitons demain éviter de nouvelles crises alimentaires, la construction d’un nouveau cadre d’action et des instruments de pilotage adaptés, afin de concilier l’efficacité économique et la sécurité alimentaire de l’ensemble des régions du monde, n’en devient que plus urgente.


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Paris, le vendredi 17 novembre 2017