Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité


Les coûts de transports : un facteur clé dans l’évaluation des effets de la libéralisation

23 juillet 2007

Alors que la croissance de la demande alimentaire en Chine et en Inde, le développement des agrocarburants, ou les aléas climatiques en Ukraine et Australie sont les principaux facteurs cités pour expliquer la hausse récente des cours des matières agricoles, un autre élément vient compléter ce faisceau de causes conjoncturelles et structurelles : l’envolée des taux de fret.

Après un court répit en 2006, le Baltic Dry Index, indice de référence des prix des transports prenant en compte quarante routes maritimes, trois tailles de bateaux et plusieurs matières premières comme le fer ou les grains, a repris son ascension amorcée pendant la campagne 2004/2005.

En effet, le transport maritime n’échappe pas à la loi de l’offre et de la demande : le nombre de bateaux est insuffisant pour assurer le trafic en plein essor, ce qui provoque l’explosion des cours. Par ailleurs, les échanges de minerais de fer et de charbon, dictés par la demande chinoise en pleine croissance, monopolisent les bateaux. Le secteur minier est en effet souvent plus rentable pour les armateurs dans la mesure où la production et les échanges y sont bien plus réguliers que pour les céréales.

Dès lors, si en avril 2006, transporter une tonne de blé du port de Rouen vers l’Algérie revenait à 16 dollars, il n’en fallait pas moins de 40 en mai dernier pour assurer le même trajet.

Facteur aggravant : les infrastructures portuaires n’arrivent plus à gérer les flux croissants de bateaux. Si la Chine, il y a à peine trois ans, était la principale concernée par ce problème, de gros investissements ont permis de réduire les « embouteillages » à l’entrée des ports. C’est maintenant au tour du Brésil et de l’Australie, grands exportateurs, d’avoir à faire face aux congestions portuaires les plus importantes.

Tous les ingrédients sont réunis pour favoriser les dérives spéculatives. Le développement du recours au marché à terme du fret en témoigne : les volumes traités augmentent tous les ans, et particulièrement ces dernières années. La répercussion sur la volatilité des prix agricoles ne se fera sans doute pas attendre.

Les coûts de transport jouent donc un rôle déterminant sur l’envolée des cours des matières premières agricoles. Et ce phénomène devrait s’amplifier dans un contexte de libéralisation accrue des marchés, de renchérissement des cours des matières fossiles énergétiques et de développement des biocarburants. Il est regrettable d’observer qu’aucun modèle économique utilisé dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce n’intègre cette variable clé. Le modèle NRA, développé par l’équipe d’économistes du MOMA, prend en compte celle-ci dans son étude de l’ensemble des coûts collectifs liés à une libéralisation des échanges.

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
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Paris, le mardi 22 mai 2012