Le cyclone Nargis, qui a récemment frappé la Birmanie, a causé la mort de milliers de personnes, provoqué d’importantes inondations des terres, et détruit la plupart des stocks de riz dans le delta de l’Irrawaddi, qui est le « grenier alimentaire » et la principale région rizicole du pays. Selon la FAO, la production de riz de ce pays sera fortement réduite en 2008, ce qui aura un impact négatif sur sa sécurité alimentaire, mais aussi sur celle de certains pays pauvres qui dépendent des exportations birmanes. En Birmanie, le riz procure aux populations pauvres plus de 60% de leurs apports en protéines, ce qui fait craindre selon Louis Michel, commissaire européen au Développement, l’émergence de famines dans cet Etat isolé du reste du monde. Par ailleurs, cette crise majeure risque de fragiliser encore plus l’agriculture birmane, actuellement dans une situation difficile en raison des choix opérés par la Junte militaire au pouvoir. En effet, les efforts en vue de la diversification et du développement de la production agricole se sont révélés peu efficaces, et la libéralisation du secteur du riz par la Junte a provoqué des baisses du prix de cette céréale, et donc une diminution des revenus d’une partie des agriculteurs. Suite au passage du cyclone, la Birmanie se retrouve dans une situation délicate, et elle semble contrainte d’importer du riz, alors que jusqu’à maintenant, elle se trouvait dans une situation de quasi-autosuffisance. Ceci pousse donc nombre d’experts, à l’instar de Paul Risley, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), à s’interroger « sur la capacité de la Birmanie à rester autosuffisante et également à continuer à remplir ses engagements envers d’autres pays ». Car au-delà de la seule Birmanie, c’est la sécurité alimentaire de certains pays pauvres qui est directement menacée. Au premier rang de ces pays, on trouve le Sri Lanka et le Bangladesh, frappés eux-mêmes par un cyclone en novembre dernier, et qui ne pourront plus compter sur le riz birman pour faire face aux pénuries occasionnées. De même, la baisse de la production rizicole birmane risque d’accentuer les tensions déjà fortes sur le marché du riz où une faible diminution de l’offre par rapport aux estimations s’accompagne de fortes hausses des cours. Inévitablement, ce seront les populations vulnérables d’Asie et d’Afrique qui risquent d’en être affectées car le riz occupe une place centrale dans leur alimentation. Tout comme il en ressort des simulations à partir du modèle momagri, le cyclone Nargis révèle que les aléas climatiques jouent en réalité le rôle d’allumette sur des marchés agricoles internationaux qui sont de plus en plus tendus, et qui peuvent s’embraser à tout moment, causant des dégâts collatéraux quasi-irréversibles. Et, force est de constater que la libéralisation non régulée des échanges agricoles internationaux, qui s’accompagne du démantèlement des derniers mécanismes de régulation et d’une forte diminution des stocks mondiaux, avive ces tensions et démultiplie leur impact sur les cours mondiaux. Il est donc urgent que la communauté internationale se dote d’objectifs et d’instruments précis en termes de sécurité alimentaire et d’approvisionnement.
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