Le 5 juin dernier, les Etats participant à la conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire ont adopté une déclaration finale à l’issue de négociations difficiles. Ce texte, qui réaffirme l’engagement des Etats membres de faire de la sécurité alimentaire une « question permanente de politique nationale », suscite déjà de nombreuses critiques. Ces dernières reflètent la déception et le scepticisme de certains experts ou décideurs quant aux travaux menés lors de ce sommet, notamment parce que certains problèmes de fond n’ont pas été suffisamment traités. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères italien, Franco Frattini, a jugé « décevants » les résultats obtenus lors de cette conférence. De même, pour Monica Robelo Raffone, chef de la délégation du Nicaragua, les participants n’ont pas réussi à arrêter des solutions concrètes puisque les « vrais raisons » de la crise alimentaire, à savoir « les prix élevés du pétrole, la spéculation du marché, les subventions », n’ont pas été véritablement évoquées. Quant à Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation et aujourd’hui membre du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le sommet de la FAO constitue « un échec total (…) très inquiétant pour l’avenir des Nations Unies ». Il a notamment rappelé que l’engagement pris par les Etats lors du sommet de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici à 2015 constituait une « hypocrisie », puisqu’il renvoie au premier Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) adopté en septembre 2000, et dont la réalisation est, pour beaucoup d’experts, très incertaine. Par ailleurs, en enjoignant la communauté internationale à poursuivre ses efforts « en matière de libéralisation des échanges internationaux de produits agricoles », la déclaration finale souscrit à la stratégie de libéralisation non régulée des marchés agricoles préconisée par l’OMC. Or, comme le démontrent les premiers résultats du modèle momagri, cette stratégie risque d’accroitre la volatilité intrinsèque des prix agricoles, et donc d’affecter d’avantage la sécurité alimentaire des PED. |