Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Les agrocarburants attaqués de toutes parts

22 octobre 2007


Considérées il y a moins de deux ans comme LA voie de salut d’une agriculture en perte de vitesse, le nouveau contexte agricole mondial bouleverse les perspectives de croissance du secteur des agrocarburants en Europe. De plus en plus d’agriculteurs sont en effet tentés de se détourner des usines de production d’agrocarburants, avec lesquelles ils s’engagent par contrats établis sur une durée de cinq ans, pour profiter au mieux de l’envolée récente des cours des matières premières sur les marchés mondiaux. Cette hausse spectaculaire remet en cause la rentabilité des installations industrielles, la tonne de blé passant de 100 à plus de 250 euros la tonne en quelques mois.

D’autant plus que la Commission Européenne, par l’intermédiaire de son Comité de gestion des paiements directs, a décidé le 17 octobre dernier de réduire de 30 % l’octroi de l’aide communautaire aux cultures énergétiques. Ce soutien spécial de 45 euros par hectare, mis en place en 2003 pour développer la filière, ne sera octroyé cette année qu’à 70 % des terres pour lesquelles il a été demandé. La Commission justifie cette décision par le dépassement du seuil de 2 millions d’hectares en Europe décrétés éligibles à l’aide. Commentant cette nouvelle, Mariann Fisher Boel a précisé que cette aide « a été très utile ». « Mais quand nous entamerons le bilan de santé de la PAC le mois prochain, nous devrons nous demander si elle est encore nécessaire » a-t-elle ajoutée.

Cette mauvaise nouvelle s’ajoute aux autres déboires auxquels doit faire face le secteur des agrocarburants à l’échelle internationale.

La concurrence des terres dédiées à un usage énergétique avec celles destinées aux productions alimentaires est ainsi de plus en plus montrée du doigt. Jean Ziegler, rapporteur pour le droit à l’alimentation auprès des Nations Unies, va soumettre le 25 octobre prochain la proposition d’un moratoire international visant à interdire pour 5 ans la conversion de terres arables à la production énergétique, dans le but d’apaiser la flambée des prix agricoles pénalisant les pays pauvres très dépendants des importations. Et après la FAO, qui par la voix de son directeur général Jacques Diouf s’est récemment inquiétée des « risques de troubles sociaux et politiques » induits par la hausse des prix, et l’OCDE qui conclue son dernier rapport en affirmant que « la capacité des agrocarburants à couvrir une part importante des besoins énergétiques des transports sans nuire aux prix alimentaires ou à l’environnement est très limitée », c’est au tour du FMI de mettre en garde la communauté internationale. « L’utilisation de produits alimentaires comme source d’énergie peut avoir des conséquences graves sur la demande de nourriture si la croissance de l’utilisation de carburants verts continue » avertit l’instance financière dans son rapport publié le 17 octobre. Le FMI en profite pour justifier une réduction des droits de douanes américains et européens sur l’importation de carburants « verts » en provenance de pays émergents comme le Brésil « où la production est meilleur marché, plus efficace et moins nuisible pour l’environnement ».

En effet, une série d’études met à mal l’efficacité environnementale de la plupart des agrocarburants de première génération. Parmi celles ayant fait grand bruit, l’étude du prix Nobel de chimie Paul Crutzen qui, contrairement aux précédentes estimations, affirme que seule la canne à sucre, produite principalement au Brésil, serait bénéfique du point de vue de la réduction du changement climatique. Au regard des émissions de protoxyde d’azote (N2O) – gaz à effet de serre 296 fois plus puissant que le CO2, issu de la conversion de l’azote des fertilisants utilisés pour augmenter les rendements – l’utilisation d’agrocarburants produits à partir d’autres cultures pourrait aggraver le réchauffement de la planète. La combustion du biodiesel issu du colza (80% de la production européenne de cet agrocarburant) contribuerait ainsi de 1 à 1,7 fois plus au réchauffement climatique que l’utilisation d’une énergie fossile en quantité équivalente.

Pourtant, le Brésil ne pourra seul subvenir aux besoins énergétiques de la planète en matière de transport. De nombreuses voix s’élèvent par ailleurs pour dénoncer les conditions des travailleurs et l’érosion de biodiversité due à la déforestation de la forêt amazonienne, principaux facteurs sur lesquels reposerait la compétitivité brésilienne. D’autres insistent, aux Etats-Unis comme en Europe, sur l’importance de garantir l’indépendance énergétique, alors que le prix du pétrole caracole toujours au-delà des 90 dollars le baril, justifiant par là-même la protection de leurs agricultures nationales.

Les regards se portent vers les agrocarburants de deuxième génération, dont le développement pourrait être accéléré pour répondre aux récriminations dont souffrent leurs prédécesseurs.

Le secteur des agrocarburants illustre une nouvelle fois la rapidité du renversement de tendances dont peuvent faire preuve les marchés agricoles. Le développement de ce secteur démultiplie les enjeux lié à l’agriculture, opacifie d’autant plus les perspectives agricoles et justifie donc, aujourd’hui plus que jamais, la construction de nouveaux outils d’aide à la décision et la régulation des marchés agricoles à l’échelle internationale.

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Pour une régulation
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Paris, le mardi 22 mai 2012