Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Les « Really Good Friends » de (leur) agriculture
au sein de l’OMC

16 Février 2015


« You can’t square a circle1 »... voilà sans doute l’expression qui conviendrait le mieux au sourd acharnement à vouloir (re)donner vie au Cycle de Doha, notamment sur le volet agricole.

Car le temps presse. Les membres de l’OMC veulent définir d'ici juillet, un « programme de travail » « réaliste et clair » autour des thèmes de négociation non résolus du Cycle de Doha et ce dans l’optique de la 10e Conférence ministérielle de l'OMC qui se tiendra à Nairobi, en décembre 2015.

Le 28 janvier 2015, lors de la première réunion de négociation sur l’agriculture de l’année, les Membres ont ainsi examiné des chiffres concernant le soutien interne, et ont commencé à réfléchir aux « concessions qu’ils pourraient être amenés à faire en contrepartie de réductions ambitieuses ».

Cette fois-ci, ce n’est pas la politique agricole de l’Inde qui a été pointée du doigt mais les subventions agricoles des Etats-Unis, qui, sur 6 membres examinés (dont l’Union européenne), devront être réduites car considérées comme distorsives. Cependant, loin de céder, les Etats-Unis ont affirmé qu’ils ne changeraient en rien leur politique tant que les pays émergents, à l’instar de l’Inde ou de la Chine, n’en feraient pas autant. Enfin, concernant l’accès au marché et les stocks publics, aucune avancée majeure n’a été constatée lors de cette réunion. Autant dire que les « concessions » voulues par l’OMC en vue de conclure le cycle de Doha sont pour l’heure peu concluantes.

Les observateurs sont de de plus en plus en plus nombreux à l’admettre : la stratégie de libéralisation des marchés agricoles soutenue contre vents et marées par l’OMC depuis 20 ans (l’Organisation a fêté ce « jubilé » en début d’année), ne constitue pas une solution face aux enjeux agricoles et alimentaires contemporains. Pire, elle est une partie de ce problème auquel sont confrontés les Etats pour assurer leur sécurité alimentaire.

Par ailleurs, la multiplication des différends sur le dossier agricole à l’OMC montre que la seule véritable convergence que l’on observe actuellement réside dans un scepticisme généralisé de la plupart des grands Etats à l’égard de cette stratégie. Se borner à s’en remettre aux vertus absolues de la « main invisible », surtout sur le dossier agricole, pourrait notamment conduire à des replis protectionnistes de la part de certains Etats qui ne souhaitent pas confier leur sécurité alimentaire à des marchés agricoles mondiaux en proie à l’instabilité. On le constate notamment avec des pays comme l’Inde.

Finalement, l’adoption il y a un an par le Congrès américain d’un nouveau Farm Bill ignorant superbement les préconisations de l’OMC démontre à ceux qui en doutaient encore que la première puissance agricole mondiale n’est pas prête à sacrifier ses intérêts agricoles au profit de la conclusion d’un accord à l’OMC. Et les Etats-Unis ne sont pas les seuls…ou presque. Car si l’on compare l’Union Européenne aux autres grandes puissances agricoles, Etats-Unis notamment, on constate non seulement que l’UE ne soutient plus véritablement sa filière agricole mais dispose de marges de manœuvre importantes à l’OMC compte tenu des accords en vigueur.

A bon entendeur...

1 Expression américaine signifiant la quadrature du cercle


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Paris, le jeudi 23 novembre 2017