Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Les BRICS et la sécurité alimentaire : une nouvelle tectonique des plaques géopolitique

11 Novembre 2013


Les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se sont réunis le 29 octobre dernier à Pretoria (Afrique du Sud) pour la 3e réunion des ministres de l’Agriculture sur la sécurité alimentaire. Même si leur santé économique et financière inquiète à la suite d’un ralentissement de leur économie et d’une fuite massive de capitaux du fait notamment de l'intention de la Banque centrale américaine de réduire ses achats d'obligations, les BRICS demeurent aujourd’hui des acteurs incontournables sur la scène agricole et la sécurité alimentaire mondiales.

Lors de cette réunion, les BRICS ont rappelé que la sécurité alimentaire constitue un défi majeur, sur lequel le changement climatique et la volatilité des prix agricoles font peser un risque considérable. A ce titre, ils estiment essentiel de mettre en œuvre une régulation plus poussée des marchés agricoles et d’accroître la production et la productivité agricoles. A l’image du système d’information AMIS initié par le G20, les BRICS ont décidé de poursuivre la mise en place du Basic Agricultural Information Exchange System du groupe BRICS et plus globalement de poursuivre la recherche et le développement agricole sur la base d’une coopération renforcée entre tous les pays de la zone, mais également en vue d’aider les PED (Pays En Développement).

Chacune des décisions de la quasi-totalité de ces pays joue un rôle catalyseur sur les marchés agricoles alors qu’ils ont érigé l’Agriculture en enjeu stratégique majeur : le Brésil a bouleversé le marché mondial de la viande, la Russie peut affoler les marchés des céréales par la seule menace d’un embargo, l’Inde est une figure de proue du G33 qui s’oppose au démantèlement des instruments de soutien à l’agriculture au sein de l’OMC…Et collectivement la puissance de ce groupe est considérable. Une puissance qui peut cependant s’avérer déstabilisatrice si l’on sait que les BRICS ont opté pour un dangereux jeu d’équilibrisme entre la tentation de se protéger de l’extérieur et la croissance sur les marchés mondiaux.

Finalement, les conclusions de cette réunion à Pretoria se rapprochent de celles dressées lors de la rencontre à Rome en marge du CSA (Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale) le 7 octobre dernier, notamment quant aux conséquences de la volatilité des prix sur la sécurité alimentaire. Néanmoins, les BRICS ne souhaitent pas être une pâle copie d’institutions internationales comme le FMI ou l’OMC, qu’ils considèrent d’ailleurs comme obsolètes. C’est ainsi en initiateur d’un changement de l’architecte financière mondial qu’ils souhaitent s’imposer. La création en cours d’une banque de développement des BRICS s’inscrit dans ce sens.

Cependant, l’enjeu futur sera d’éviter que l’Agriculture et la sécurité alimentaire ne deviennent une variable d’ajustement dans le cadre d’un affrontement entre structures internationales et qu’elles ne soient soumises aux comportements erratiques dont peuvent faire preuve certains pays des BRICS. Si ces conditions sont respectées, ces derniers pourront ainsi pleinement jouer leur rôle dans la lutte contre la faim et la stabilité des marchés agricoles.


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Paris, le samedi 23 septembre 2017