Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Le manque de stocks européens bloque l’aide alimentaire européenne aux plus démunis

18 Juillet 2011



Le 14 avril dernier, la Commission européenne a été obligée de bloquer 80% de son aide alimentaire en faveur des plus démunis, suite à une décision de justice selon laquelle l’approvisionnement ne peut provenir que des surplus et des stocks de l’Union européenne, et non plus de l’achat sur les marchés grâce à des subventions de l’UE.

La réunion des ministres de l’Agriculture du 28 juin dernier n’a non seulement pas permis de débloquer la situation mais elle a laissé sous-entendre que « les négociations pourraient être longues » comme le soulignait la présidence hongroise de l’UE. Ce faisant, le montant de l’aide alimentaire pour 2012 est pour le moment divisé par 4 par rapport aux budgets antérieurs, passant de 500 à 113 millions d’Euros.

Comment en est-on arrivé à cette situation qui place les 18 millions de personnes qui bénéficient chaque année de l’aide alimentaire européenne dans une situation encore plus précaire ?

Le principe de « sourcer » l’aide alimentaire de l’Union européenne à partir de la production des Etats-Membres est tout à fait légitime. Là où le bât blesse, c’est que l’Europe n’a pas eu la sagesse de constituer les stocks de sécurité alimentaire.

Ce dysfonctionnement pointe du doigt le manque de pertinence de la stratégie européenne sur les réformes passées et en cours de la Politique Agricole Commune, tant en termes de gestion de la volatilité des cours que de lutte contre l’insécurité alimentaire. En effet, depuis le milieu des années 1990, les réformes successives de la PAC ont été destinées à appliquer à l’agriculture certaines recettes du secteur industriel, et notamment le « zéro-stock » si cher à l’automobile. Les conséquences ont été à la hauteur des attentes des promoteurs de ces politiques : les stocks ont fondu comme neige au soleil, venant même parfois à manquer, comme le montre la situation actuelle.

L’insécurité alimentaire est revenue aux portes de l’Europe et cela d’autant plus que le contexte économique, caractérisé par des prix agricoles plus volatils que par le passé, rend plus difficile l’accès aux produits alimentaires de base lorsque les prix montent à l’excès, accélérés par la spéculation.

Aussi, en confortant le principe de l’attribution de l’aide alimentaire aux plus démunis sur des stocks intra-européens, la juridiction de l’Union place la Commission devant ses responsabilités puisqu’elle a elle-même encouragé à les supprimer. Cette décision révèle tout le paradoxe qui entoure la réforme en cours de la Politique Agricole Commune.

Espérons qu’elle permettra de faire prendre conscience durablement à l’Europe du caractère stratégique de disposer en permanence de stocks agricoles et alimentaires suffisants, et, à cette fin, d’adopter une Politique Agricole Commune dotée de mécanismes ad hoc, dont le budget et les modalités d’intervention seront à la hauteur des objectifs visés.

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Paris, le vendredi 1 août 2014