Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Le devenir des agriculteurs français en question

14 Juillet 2014


Une récente étude du Ministère du Travail intitulé « les métiers en 2022 » a fait l’effet d’un électrochoc annonçant la disparition inéluctable du métier d’agriculteur. Le secteur a ainsi perdu 26% d’emplois entre 1992 et 2002 et en perdrait 8% d’ici à 2022, avec un scénario de crise estimant la perte à 92 000 emplois. Pour ne rien arranger à cette perspective, l’Insee vient de diffuser un document confirmant la chute de 19,8% du revenu agricole moyen de 2013 après trois années de croissance, en raison de la baisse des prix des grandes cultures et de la hausse des prix des consommations intermédiaires (engrais, énergie, …). Pour l’Union européenne à 28, l’Insee indique également une baisse de revenu mais d’ampleur bien moins importante (-1,3%).

La réaction du monde agricole ne s’est pas faite attendre. C’est à l’unisson que les principaux syndicats agricoles ont appelé le gouvernement et les instances européennes à un changement de cap de la politique agricole dans un contexte de concurrence effrénée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières de l’UE. Les pratiques libérales du passé ne font plus recette si l’on souhaite garantir l’avenir de l’agriculture française. La Coordination Rurale appelle ainsi le gouvernement français à sauver l’un des secteurs les plus stratégiques de l’hexagone, le Modef alerte quant à lui sur « la nécessité de remettre à plat la PAC pour une politique d’intervention et de régulation des prix et des marchés avec fixation des prix planchers ».

L’instabilité et la baisse tendancielle des revenus agricoles français ne sont pas un fait nouveau et n’ont pas surgi ex –nihilo. Les réformes successives de la Politique Agricole Commune (PAC) et le démantèlement des mécanismes de régulation depuis le milieu des années 1990 se sont traduits par une exposition accrue des agriculteurs français et plus globalement européens à l’hypervolatilité des prix mondiaux. Les revenus agricoles sont surtout devenus extrêmement chaotiques depuis 2006 car la PAC – en particulier les paiements découplés – n’assure plus leur stabilité.

Les agriculteurs européens sont pourtant des acteurs clés de la sécurité alimentaire et de la compétitivité agroalimentaire européennes. Ce constat est indéniable. Mais sans prise de responsabilité du gouvernement français et des instances européennes, sans volonté politique à même de redonner de l’ambition à l’agriculture européenne, ce constat restera un énième vœu pieu si nous persistons à considérer notre agriculture comme la variable d’ajustement et d’équilibrage de marchés agricoles toujours plus instables.

C’est pour s’en prémunir que les grandes puissances agricoles de la planète ont institué et renforcé, à l’instar des Etats-Unis, du Brésil, ou de la Chine, des filets de sécurité efficaces du revenu de leurs agriculteurs. Il est donc primordial que l’Union européenne n’aille pas à contre-courant lors de la révision à mi-parcours de la PAC, car il en va de son indépendance stratégique et de l’avenir de ses citoyens.


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Paris, le samedi 18 novembre 2017