La nette victoire du Parti du Congrès et de ses alliés, lors des élections législatives organisées entre la mi-avril et la mi-mai, est considérée comme un résultat positif pour le cycle de Doha, rapporte Agrapresse1. Reconduit au pouvoir, le Premier ministre sortant, Manmohan Singh, est désormais en mesure de former « un gouvernement fort et stable », et semble décidé à mener à bien les négociations de l’OMC. Le ministre du Commerce du gouvernement sortant, Kamal Nath, qui pourrait bien être reconduit dans cette fonction, a en effet affirmé « qu’il est plus important que jamais de conclure le cycle de Doha qui est un des moyens à mettre en œuvre pour éviter que l’économie globale ne parte en vrille ». « Et l’Inde veut jouer un rôle de leader dans ce domaine », a-t-il ajouté. Quant au secrétaire indien du Commerce, G.K. Pillai, il estimait récemment qu’ « il y aura une mini-réunion ministérielle en novembre à Genève pour faire le bilan », pour des « négociations ministérielles en janvier-février 2010 ». En juillet 2008, c’est pourtant l’Inde qui, à la tête d’un front de plusieurs pays émergents, s’était opposé à la conclusion du cycle, souhaitant un mécanisme de sauvegarde spécial plus protecteur pour ses agriculteurs pauvres. Le secteur agricole indien, qui concerne 60% de la population active, est en effet constitué à 80% d'agriculteurs possédant moins d'un hectare de terre. Encore largement traditionnelle, l'agriculture indienne souffre d'un retard cruel en matière de mécanisation et reste peu productive par rapport aux autres pays. D’autre part, la production agricole indienne croît de 1,2% par an, alors que la population, elle, a atteint un taux annuel de 1,9%. Ce décalage a entraîné une inflation des prix de près de 6%. L'endettement touche un agriculteur indien sur deux et en aurait poussé plus de 85 000 au suicide entre 2001 et 2005. Dans ce contexte, il apparait douteux que la position de l’Inde ait évolué sur le mécanisme de sauvegarde spécial, qui protège ses petits agriculteurs et a fortiori la majorité de sa population. La récente prise de position de l’Inde traduit donc plus un signal politique fort à destination de la communauté internationale sur ses intentions de relancer la coopération qu’un désir profond de conclure le cycle pour ses retombées économiques… encore mal évaluées. La seule question qui reste est la suivante : si les Etats-Unis et l’Union européenne sont prêts à baisser leurs exigences concernant le mécanisme de sauvegarde spécial, un accord sera-t-il conclu à l’OMC ? La question reste ouverte. 1 Agrapresse, « Le résultat des élections indiennes jugé positif pour le cycle de Doha », 25 mai 2009. |