Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
regards sur l'actualité
Paris, le vendredi 10 septembre 2010

Le coût des crises est-il supportable ?

19 Avril 2010



En préalable à la prochaine réforme de la PAC, le commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos a lancé lundi 12 avril un grand débat public centré sur la place de l’agriculture dans la société, afin de recueillir des avis de la société civile et du secteur agricole. Car, comme il l’a souligné lors de la conférence de presse, « il est important que la PAC soit légitime pour les agriculteurs, 5% de la population active, mais aussi de manière la plus large possible pour le contribuable. »

Devant les critiques faites à la PAC, et le rapprochement du seuil fatidique de 2013, Dacian Ciolos a en effet souligné sa volonté de mettre en œuvre les réformes nécessaires, sans pour autant « affaiblir ou démanteler la PAC, mais pour qu’elle soit un outil toujours fort pour les agricultures de l’Union européenne ». « Dans des situations de défaillance des marchés, il faut qu’on ait les moyens pour pouvoir intervenir et ne pas regretter après le manque d’intervention. Ce manque d’intervention peut nous coûter beaucoup plus cher à moyen et à long terme, que ce que pourrait nous coûter une intervention ponctuelle raisonnée à un moment donné », a-t-il ajouté.

Un argument de poids en faveur de la PAC : alors que ses détracteurs mettent en avant l’importance du budget annuel alloué, il est en effet nécessaire de renverser le raisonnement, en prenant en compte le coût de l’inaction et des risques induits. Dans le cadre de marchés structurellement volatils, la dérégulation risque d’accroître le nombre de crises ; or, sait-on vraiment combien coûte une crise ? Comme momagri le soulignait à propos de celles qui ont régulièrement affecté la filière du lait1, suite à la dérégulation de ce marché amorcé par les réformes de 1984 et 2003, les dépenses de soutien au secteur laitier ont en effet bondi de 64% entre 2005 et 20072, afin de compenser les déséquilibres induits par l’hyper volatilité des prix du lait sur les marchés agricoles. C’était avant la crise actuelle, le retour des subventions à l’exportation, le rachat des surplus par l’Union européenne et le déblocage de l’aide d’urgence de 300 millions d’euros aux producteurs…

Le coût de gestion des crises est donc non négligeable pour le contribuable : est-ce cela le gain de la libéralisation ?

1 « L’exemple du lait : entre inconvénients de la libéralisation et avantages de la régulation », Paul-Florent Montfort, chargé d’études, momagri, 07/12/2009 http://www.momagri.org/FR/articles/L-exemple-du-lait-entre-inconvenients-de-la-liberalisation-et-avantages-de-la-regulation-_590.html
2 Cour des comptes européenne, Rapport spécial n°14/2009, « Les instruments de gestion du marché du lait et des produits laitiers ont-ils atteint leurs principaux objectifs ? », 15 octobre 2009.

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