Le conflit perdure entre les producteurs de soja et le gouvernement argentin concernant le système de « taxe mobile » mis en place par les autorités argentines en mars dernier. En témoigne l’annulation par le gouvernement, le 26 mai dernier, d’une réunion de négociations avec les agriculteurs à seulement quelques heures de sa tenue. Ce système vise à indexer sur les cours mondiaux les taxes perçues par l’Etat sur les exportations de soja. Ainsi, du fait de la flambée récente des prix, le gouvernement argentin a relevé le niveau de ces taxes de 25% à 44% la tonne. Outre que cette politique permet d’augmenter les recettes fiscales de l’Etat, elle vise surtout à éviter les risques inflationnistes et à maintenir une production agricole destinée à satisfaire la demande intérieure. De ce fait, les pouvoirs publics argentins étendent au soja la politique de contrôle des prix et des exportations appliquée depuis 2005 à des productions comme le blé, le maïs, le lait ou même la viande. Toutefois, ce système est fortement contesté par les agriculteurs argentins qui risquent de voir leurs revenus diminuer, étant donné que la majeure partie de leurs recettes proviennent des exportations, et notamment celles concernant le soja. Pour signifier leur désaccord, ils avaient donc déclenché à la mi-mars un vaste mouvement de grève, empêchant les exportations de soja et de grains et dressant des centaines de barrages routiers à travers le pays. Depuis, les négociations piétinent, chacune des parties faisant preuve d’inflexibilité quant à ses exigences. Ce bras de fer pourrait couter cher à l’Argentine, troisième exportateur de graines de soja et premier exportateur d’huile et de farine de soja. Si jusqu’à maintenant ce conflit n’a eu qu’un effet très marginal sur les quantités exportées par l’Argentine, la situation pourrait se dégrader puisque les stocks ayant permis aux entreprises exportatrices d’honorer leurs contrats s’amenuisent progressivement. Mais ce conflit démontre également que, dans un monde de plus en plus libéralisé, les « tentations protectionnistes », constituent désormais l’une des seules marges de manœuvre dont dispose aujourd’hui un Etat pour assurer sa sécurité alimentaire. Plus que jamais, il est donc urgent que la communauté internationale fixe des objectifs en termes de sécurité alimentaire au niveau international, et pour chaque Etat, comme elle le fait pour la libéralisation des marchés à travers les négociations de l’OMC.
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