Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Le TTIP s’invite dans la campagne américaine

11 Avril 2016


L’Europe serait-elle plus royaliste que le roi en poussant vaille que vaille le train des négociations autour du partenariat transatlantique ? Car si du côté américain, le TTIP s’est invité dans la campagne présidentielle américaine, l’engouement pour ce partenariat est loin de faire l’unanimité parmi les candidats. Un positionnement bien loin de l’idée d’une Amérique porte-drapeau du libéralisme économique.

A l’exception d’Hillary Clinton, plus mesurée, Donald Trump et Bernie Sanders se montrent farouchement opposés au TTIP. Pour Donald Trump ce dernier ne ferait rien d’autre que de faciliter un raid européen contre l’économie US. Le candidat républicain prône surtout le renforcement des droits de douane afin de favoriser la production américaine1.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Bernie Sanders ne dit pas autre chose. Ces accords sont un « désastre pour les travailleurs américains » et contribuent à un « nivellement par le bas » favorable aux grandes entreprises, affirme le sénateur socialiste2.

Même Hillary Clinton, dans un entretien accordé à PBS NewsHour en octobre 2015, a affirmé que les accords de libre-échange avaient « l’air souvent fantastiques sur le papier » mais que leurs résultats n’étaient pas toujours « à la hauteur », ces accords n’ont pas eu les « résultats souhaités en terme d’accès au marché, d’augmentation des exportations, etc »3.

Ce changement de ton par rapport à Obama très impliqué dans le partenariat trans-pacifique, pourrait conduire à remettre en question les négociations commerciales en cours avec l’UE.

Cette défiance à l’égard des accords de libre-échange et en particulier du TTIP reflète l’état d’esprit d’une partie de la population américaine qui en dénonce en particulier l’opacité. Du côté des farmers, ainsi que le rapporte le service économique de l’ambassade de France aux Etats-Unis, la Fédération National des Producteurs de Lait (NMPF) s’est positionnée début mars contre le TTIP en votant une résolution s’opposant à la poursuite des négociations au motif du « refus systématique de l’Europe à lever les barrières concernant les exportations de produits laitiers américains ». L’absence de résolution de ces points dans le cadre du TTIP exacerberait, selon eux, le déficit existant dans les échanges de produits laitiers entre les Etats-Unis et l’Union européenne de plus d’un milliard de dollars4.

Le mécontentement est également grandissant parmi les populations des Etats-membres de l’UE. Outre la mobilisation de la société civile, notamment en Allemagne, ce sont également les agriculteurs qui se mobilisent alors que l’agriculture européenne pourrait être la grande perdante dans cette stratégie de gambit de la Commission. La publication d’une étude d’impact de l’USDA publiée fin 2015 confirme ces inquiétudes. Cette étude analyse notamment deux scénarios qui vont de l’abolition des droits de douane jusqu’à la suppression des mesures non tarifaires. La conclusion des experts américains légitime les craintes du monde agricole européen : les résultats d’un tel partenariat sur le secteur agricole seraient très positifs pour les Etats-Unis et nettement moins, voire même négatifs, pour l’Union européenne5.

Pourtant, la Commission européenne maintient son empressement à vouloir conclure ce partenariat et souhaite notamment accélérer les négociations à l’approche du prochain round qui débutera le 25 avril à New-York. Pour l’économiste Thomas Porcher, ce positionnement s’explique par «une croyance quasi-religieuse dans les bienfaits du libre-échange alors même que les faits montrent que l’ouverture d’une économie peut porter préjudice au développement de certains secteurs » chez beaucoup de dirigeants européens6.

Au final, compte tenu de la prévision de marchés agricoles déprimés pour au moins les 3 à 5 ans à venir telle que vient de l’annoncer Cargill7, et de la faible probabilité de la signature et de la ratification d’un hypothétique accord bilatéral transatlantique, l’Europe et les Etats-Unis devraient se concentrer davantage sur l’amélioration de la gouvernance mondiale des politiques agricoles, que cela soit dans les enceintes du G20 ou de l’OMC.


1 http://www.lesechos.fr/idees-debats/(...)le-ttip-dans-la-campagne-electorale-americaine-1210385.php
2 http://tempsreel.nouvelobs.com(...)libre-echange-nouvel-epouvantail-politique-aux-etats-unis.html
3 Retrouvez l’intégralité de l’entretien en suivant ce lien
http://www.pbs.org/newshour/updates/complete-transcript-hillary-clinton-interview/

4 Retrouvez les détails concernant l’opposition de la NMPF en suivant ce lien
http://www.nmpf.org/latest-news/articles/nmpf-redoubles-focus-ttip-talks

5 Retrouvez le communiqué de presse de Momagri concernant cette étude en suivant ce lien
http://www.momagri.org/FR/communiques-de-presse/Le-think-tank-Momagri-demande-a-Jean-Claude-Juncker(...).html

6 http://www.atlantico.fr/decryptage/etrange-empressement-angela-merkel-pour-favoriser-signature(...).html
7 http://www.lesechos.fr/(...)les-prix-agricoles-pourraient-chuter-au-plus-bas-depuis-dix-ans(...).php


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Paris, le samedi 23 septembre 2017