Le rapporteur de la délégation sénatoriale à la prospective, M. Yvon Collin, sénateur du Tarn-et-Garonne, a organisé une première table ronde, jeudi 20 mai, sur « le défi alimentaire à l’horizon 2050 ». Plusieurs personnalités du monde agricole français étaient entendues dans le cadre de la rédaction d’un rapport qui doit préconiser les stratégies à mettre en œuvre.
Les conclusions tirées par le Sénat de ces auditions sont significatives, et remarquablement proches du constat dressé par momagri. En effet, comme le souligne le communiqué de presse qui a été publié le 26 mai dernier, cet atelier de prospective aurait :
• « montré que les scénarios du pire n’étaient pas les moins probables et que nourrir la planète en 2050 implique des politiques actives en rupture avec les tendances passées ;
• mis en évidence que, même un équilibre à peu près convenable entre offre et demande, n’excluait pas une forte volatilité des cours aux effets potentiellement dévastateurs, conséquence de la place croissante des échanges ;
• rappelé que, si l’accroissement du niveau de vie devait déboucher sur une uniformisation des modes de consommation, il s’ensuivrait des impasses en termes de production, notamment pour les produits carnés (…) ;
• montré que, face à ce défi, la mobilisation internationale au plus haut niveau, n’était pas au rendez-vous, les engagements du G8 n’étant trop souvent qu’incomplètement respectés. »
Et le communiqué de conclure qu’au regard de ces premiers éléments de constat, il importait de « traiter l’alimentation comme un bien public mondial et qu’il fallait concevoir [les stratégies à mettre en œuvre] en tenant pleinement compte des impératifs généraux du développement et de la situation particulière des agriculteurs, dont le rôle sera, demain plus que jamais, de premier ordre. »
Cette dernière affirmation est tout particulièrement à souligner, car elle traduit une prise de conscience significative de l’importance de l’agriculture parmi les décideurs politiques, mais pas seulement : elle témoigne également d’un changement dans la manière dont ces enjeux doivent être pris en charge. En effet, comme le rappelait le délégué général de momagri Jacques Carles, « un bien public mondial est un bien qui doit être géré collectivement, à l’échelle internationale, et selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire tout domaine d’action qu’une gouvernance mondiale peut mieux gérer qu’une gouvernance nationale ou bien sous régionale. » Ce qui est le cas pour l’agriculture et l’alimentation, dont dépendent directement l’avenir du monde.
Affirmer que l’alimentation doit être traitée comme un bien public mondial implique nécessairement de créer une gouvernance mondiale pour l’agriculture et l’alimentation. Espérons que cette prise de conscience se généralisera. |