Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Lait : le chemin vers la régulation est encore long…

30 mars 2009



En dépit d’un certain nombre de rapports qui remettent en cause le bien-fondé du bilan de santé de la PAC au regard des menaces que la crise économique et financière fait peser sur le secteur agricole1, la Commission européenne ainsi que la présidence tchèque de l’Union européenne ne semblent pas revenir sur leurs positions libérales.

En témoigne leur refus catégorique, à l’occasion du Conseil européen des ministres de l’Agriculture du 23 mars, de remettre en cause l’abandon graduel des quotas laitiers dans l’Union européenne prévu par le Bilan de santé de la PAC, malgré les difficultés rencontrées actuellement par les producteurs de lait européens. Considérant que les problèmes persistants du secteur ne sont plus dus à la surproduction mais à la crise économique mondiale, la Commission s’emploie en effet à agir uniquement sur la demande, à travers l’augmentation des achats publics sur le lait (+ 6 700 tonnes sur les 30 000 initialement prévues).

Pourtant, la situation est particulièrement tendue sur les marchés du lait : de fait, les prix payés aux producteurs de lait ont considérablement baissé au cours des derniers mois, en partie à cause de la diminution de la demande sur le marché mondial, mais également de l’intensification de la concurrence d’autres pays et de l’abondance de l’offre2– le tout sur fond de crise économique et financière… Une situation que la France n’est pas la seule à connaître 3: en Allemagne, même les grandes exploitations laitières ne sont plus rentables avec les prix du marché, qui tournent autour de 20 centimes d’euros le litre.

Alors que dans ce contexte, plusieurs pays (dont l’Allemagne, la France, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, l’Autriche et la Lituanie, soit plus de 40% de la production européenne) ont souhaité rouvrir le débat sur la suppression programmée des quotas laitiers, la commissaire à l’Agriculture Mariann Fischer Boel a déclaré qu’il s’agissait d’une « idée morte-née », qui « envoie des signaux totalement erronés aux agriculteurs ».

La situation que connait le secteur laitier européen démontre l’inefficacité des mesures conjoncturelles adoptées par la Commission pour stabiliser à long terme ce secteur stratégique. Car la crise qui affecte actuellement la filière est bien plus globale que la Commission semble le croire. Il s’agit d’une réelle crise de la régulation qui implique l’instauration de mesures structurelles mais également de mesures conjoncturelles adaptées à ces dernières. Espérons qu’il ne faudra pas attendre la disparition des producteurs laitiers européens pour que les décideurs politiques prennent conscience de l’urgence de la situation et agir de manière adéquate.

1 Cf. Direction générale des politiques internes, Parlement européen, « La PAC face à la crise économique et financière », mars 2009
2 Cf. momagri, « Le lait toujours pas sorti de l’impasse? »06/03/2009 http://www.momagri.org/FR/Regards-sur-l-actualite/Le-lait-toujours-pas-sorti-de-l-impasse-_451.html
3 Cf. momagri, « La crise du secteur laitier, un cas d’école », 24/11/2009, http://www.momagri.org/FR/Articles/La-crise-du-secteur-laitier-un-cas-d-ecole_389.html

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Regards sur l'actualité
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et une gouvernance
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Paris, le mercredi 8 février 2012