Une étude universitaire présentée avant l’ouverture de la 8e conférence internationale du blé à Saint Petersbourg, mercredi 26 mai, révèle qu’une récente mutation d’un champignon identifié en Afrique du Sud menace directement les cultures de blé mondiales.
Baptisé UG99, le champignon est une variante d’une maladie connue communément sous le nom de rouille, qui attaque les racines du blé et le fait pourrir. Ses effets sont dévastateurs : lors de la dernière épidémie, en Amérique du Nord au début des années 1950, ce champignon a détruit plus de 40% de la récolte de blé de l’année… La crise qui s’ensuivit donna naissance à une coopération scientifique internationale nouvelle, sous l’impulsion de l’ingénieur agronome Norman Borlaug, et permit de développer des variétés de blé résistantes.
Mais ces variétés ne sont pas résistantes aux nouvelles souches mutantes de la maladie, qui semblent encore plus dévastatrices que l’original : au Kenya par exemple, où l’Ug99 a été dépisté en faible quantité, un an après la maladie prenait des formes épidémiques. Découvert en Ouganda en 1999, l’Ug99 a été identifié principalement en Afrique de l’Est et du Sud, puis au Yémen et en Iran. Aujourd’hui la FAO craint que le champignon ne s’étende vers l’Asie, et touche les grandes régions céréalières que sont le Caucase et les républiques d’Asie centrale, avant de se diriger vers le subcontinent indien puis les Amériques.
Ces prévisions sont d’autant plus inquiétantes que, si le champignon peut être repoussé grâce aux pesticides, ces derniers sont au-dessus des moyens des agriculteurs pauvres qui peuplent en majorité les pays d’Asie … et la création d’une variété de blé résistante à cette mutation prendra quelques années au moins.
Le blé est la première source de calories pour des millions de personnes autour du monde, représente 30% de la production mondiale de céréales et 20% de la ration alimentaire journalière de la population mondiale ; l’apparition de ces souches mutantes est donc un sérieux défi pour la communauté internationale, d’autant plus qu’elle touche en premier lieu des pays au niveau d’insécurité alimentaire déjà élevé. |