Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La question de la régulation des marchés agricoles continue de faire débat

6 Juillet 2015


La question de « l’instabilité des marchés des matières premières et de ses implications en matière de politiques de développement » a été discutée dans le cadre d’un atelier organisé à Paris le 26 juin par le FERDI et le Think tank OCP Policy Center. Etaient réunis autour du président du FERDI Patrick Guillaumont, d’éminents économistes tels qu’Alexandros Sarris (Université d’Athènes), Will Martin et Maximo Torero (IFPRI), Christopher Gilbert (Université de Johns Hopkins) ou encore Philippe Chalmin (Université Paris-Dauphine).

Il a été rappelé au cours des présentations et des débats que si les prix agricoles sont orientés à la baisse depuis les années 1960 (en termes réels), une rupture dans la dynamique des prix s’est produite au milieu des années 2000 avec l’apparition d’une hypervolatilité sur ces marchés agricoles.

A cette occasion, il a été souligné que l’évolution des fondamentaux des marchés (chocs climatiques, niveau des stocks, prix de l’énergie, demande,…) sont responsables pour moitié de cette volatilité « excessive » des prix. La moitié restante serait due aux deux facteurs suivants :
    - En premier lieu, des choix politiques court-termistes qui ont alimenté la hausse des prix, par exemple l’embargo russe de 2010 sur les exportations de céréales. Ces politiques visant à sécuriser l’approvisionnement alimentaires des consommateurs ont instauré des restrictions sur les exportations qui ont déstabilisé les marchés.

    - Ensuite, la financiarisation des marchés agricoles qui déconnecte les prix des fondamentaux de leurs marchés.
Finalement, l’essentiel des débats et controverses a porté sur le bien-fondé des politiques de régulation des marchés agricoles.

Comme souvent dans le milieu académique, une partie des économistes persistent à décrier les politiques stabilisatrices de prix. Ces derniers prêchent pour une intervention indirecte, se bornant par exemple à créer les conditions institutionnelles soutenant l’émergence d’instruments de gestion des risques (contrats à terme, options, swap) sur les marchés à terme.

Mais comme l’ont rappelé d’autres participants, quand bien même de tels outils seraient accessibles à la plupart des agriculteurs (ce qui dans les faits parait peu probable), les instruments de couverture ne permettent pas de réduire l’exposition à la volatilité des prix. Reste à savoir si dans la pratique, ils apportent à l’agriculteur une amélioration satisfaisante de la prédictibilité de leur prix de vente. Toujours est-il que pour de nombreux ménages agricoles, des pays du Sud comme du Nord, leur vulnérabilité face aux variations de prix est telle que les seuls outils de couverture seront insuffisants pour assurer leur survie.

En conclusion, nous retiendrons les propos de Christopher Gilbert de l’université Johns Hopkins qui soulignent dans certains cas les vertus des politiques publiques stabilisatrices qui lissent les prix, sans chercher à imposer des prix administrés.

Nous regrettons qu’aucun des économistes présents n’aient abordé l’utilité des politiques de stabilisation de prix dans les pays développés qui produisent pourtant une part importante de l’alimentation mondiale. L’instabilité des marchés agricoles ne frappe pas seulement les agriculteurs et les consommateurs des pays du Sud, mais également ceux des pays du Nord.

Nous ajoutons que nous aurons besoin de toutes les agricultures pour nourrir le monde.


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Paris, le samedi 23 septembre 2017