Lors de la réunion ministérielle des pays africains de la Banque islamique de développement le 23 janvier, le président sénégalais Abdoulaye Wade a contesté la définition de la pauvreté communément utilisée par les organisations internationales la jugeant beaucoup trop restrictive1. Selon la Banque Mondiale, un individu est en situation de pauvreté s’il vit avec moins de deux dollars par jour et dans l’extrême pauvreté avec moins de un dollar. Aujourd’hui environ 40% de la population mondiale, dont une la majeure partie des populations d’Afrique et d’Asie, est ainsi considéré comme pauvre. Or, comme le souligne Abdoulaye Wade « s’il ne s’agissait que des revenus pour sortir de la pauvreté, je pourrais bien donner chaque jour l’équivalent de 2 dollars à tous les Sénégalais, il ne sortirait pas de la pauvreté pour autant ». Il soulignait déjà en juin 2007 dans le cadre de la Conférence internationale du travail que « le temps est venu de repenser la définition de la pauvreté. Peut-on vraisemblablement, même avec deux ou trois dollars par jour, se procurer un toit décent, se nourrir, s’habiller, éduquer et soigner sa famille ? ». Il convient donc, selon lui, de définir la pauvreté comme un « bouquet de manques ». La définition officielle ne prend effectivement pas en considération un ensemble de facteurs tels que l’accès aux soins, le logement, l’éducation et ne s’en tient qu’à une conception éco-financière écartant « les besoins humains fondamentaux ». Dans ce contexte, l’élargissement de la notion de la pauvreté remet doublement en cause le cercle vertueux que suppose l’Organisation mondiale du commerce par la libéralisation totale des marchés agricoles. En effet, si Abdoulaye Wade plaide pour une nouvelle définition de la pauvreté afin d’améliorer l’efficacité des politiques de lutte contre celle-ci, c’est bien parce que la pauvreté ne recule pas dans le monde. La stratégie de Pascal Lamy, selon laquelle le commerce est source d’enrichissement pour les plus pauvres, n’est donc pas pertinente. En effet, l’afflux massif de produits agricoles moins chers en provenance des pays développés et émergents menace non seulement les productions locales mais également l’emploi et pourrait engendrer davantage de pauvreté ! Par ailleurs, si le développement du commerce peut être source de richesse sous certaines conditions et donc pourrait contribuer à lutter contre la pauvreté « financière », cela n’implique en aucune façon que l’accès aux soins, que le logement ou même l’éducation s’en trouve améliorés, bien au contraire. |