Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La location des terres : un nouveau levier de développement pour les pays pauvres ?

24 novembre 2008



Le Financial Times1 a récemment révélé qu’en juillet dernier, par le biais d’une filiale du conglomérat alimentaire Daewoo, la Corée du Sud concluait avec le gouvernement malgache un accord peu commun dans les annales des contrats internationaux : la location, pendant 99 ans, d’1,3 millions d’hectares dans la Grande Ile (soit près de la moitié de la surface de la Belgique). La société sud coréenne prévoit d’y produire 500 000 tonnes par an d’huile de palme, et 4 millions de tonnes par an de maïs. Un moyen pour la Corée du Sud, quatrième importateur mondial de maïs, de sécuriser ses approvisionnements dans un contexte de fluctuations des prix particulièrement déstabilisant.

Mais le cas de Madagascar n’est pas isolé : l’Angola, qui importe aujourd’hui près de la moitié de ses besoins alimentaires, songe également à faire appel à des sociétés privées étrangères pour relancer la production sur les 90% de terres arables non cultivées ; le Soudan courtise pour sa part les investisseurs pour ses quelques 900 000 hectares de terres, tandis que le premier ministre d’Ethiopie, Meles Zenawi, se tourne vers les pays qui ne disposent pas des capacités de production suffisantes pour assurer leur sécurité alimentaire (comme les pays du Golfe).

Outre les apports financiers, beaucoup des pays pauvres voient dans cette pratique un moyen de promouvoir le développement de leur pays. Ainsi, dans le cas du récent accord entre le gouvernement malgache et la filiale de Daewoo, dont le contrat ne prévoit pas le versement d’argent à l’Etat malgache, ce dernier espère bien profiter des opportunités d’emploi et des infrastructures que la société coréenne s’est engagée à créer.

Cependant, si de tels contrats peuvent s’avérer a priori bénéfiques pour les pays pauvres, ils peuvent à plus long terme affecter leur sécurité et souveraineté alimentaire, dans la mesure où ils dépendent encore fortement de l’aide alimentaire internationale et des importations étrangères.

1Financial Times, “Daewoo to cultivate Madagascar land for free”, 19/11/2008

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Paris, le mercredi 19 juin 2013