Jusqu’à la crise financière, l’efficience des marchés était une hypothèse quasiment admise par le gotha des économistes mondiaux. Tant et si bien qu’elle a conduit a l’application de théories et politiques libérales un peu partout depuis une trentaine d’années, en grande partie sous l’impulsion des institutions internationales, Banque mondiale et FMI en tête, qui en ont fait la ligne rouge de leurs « plans d’ajustement structurels » adressés au pays en développement. Depuis, la crise financière est venue remettre en cause ces dogmes imposés, en signant l’échec des marchés à s’autoréguler. Et de plus en plus de contre-exemples émergent qui, bien que relativement anciens, mettent à mal les raccourcis idéologiques entre libéralisation et croissance. Francis Fukuyama, par exemple, remarquait dans la revue The American Interest de septembre 2009 que « le secteur financier asiatique est l’un des moins libéralisés, mais cela ne l’a pas empêché de réaliser depuis trente ans des taux de croissance jamais atteints. » 1 Aujourd’hui, l’idée selon laquelle le taux de croissance de l’économie n’est pas nécessairement lié au degré de libéralisation s’impose peu à peu ; et le constat dressé par Francis Fukuyama la conforte. Espérons que la remise en cause de la sacro-sainte efficience des marchés permettra à la communauté internationale de prendre du recul par rapport aux négociations actuelles du cycle de Doha, et conduire vers une libéralisation régulée des échanges, a fortiori sur les marchés agricoles, qui sont des marchés spécifiques et stratégiques. 1 Cité par Le Monde, « La crise remet en cause le savoir et le statut des économistes », par Frédéric Lemaître, 4 septembre 2009. |