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La libéralisation des échanges agricoles entre l'Europe et l'Amérique latine suscite de nombreuses inquiétudes
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9 Mai 2011 |
Les négociations entre l'Union européenne et l'Amérique latine sur la libéralisation de leurs échanges agricoles ont repris à Asunción au Paraguay, le mardi 3 mai. Les deux blocs régionaux souhaitent avancer sur la question alors même qu'une récente étude d'impact de la Commission européenne vient confirmer les conséquences néfastes qu'engendrerait une telle libéralisation.
Beaucoup attendaient les résultats de cette analyse d'impact émanant des services agricoles de la Commission européenne. Les parlementaires européens surtout, avaient en mars pointé du doigt le manque d'informations et l'incertitude sur les bénéfices attendus1, terreaux propices pour conclure des accords « à l'aveugle ».
Aujourd'hui les résultats sont là : la Commission confirme qu'un éventuel accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur aura un impact global « négatif » sur le secteur agricole de l'Union, dont le revenu baisserait de 0,5% à 3,2% selon les scénarios2. Par exemple, dans le secteur de la viande bovine, la réduction de la production pourrait dépasser les 150 000 tonnes et la diminution du prix au producteur atteindre les 8% ou même plus.
Aussi, l'inquiétude est-elle grandissante dans les cercles européens. Rappelons qu'il y a presque un an déjà, les parlementaires européens avaient fait part de leurs préoccupations face au risque d'un « bradage de l'agriculture européenne », selon les termes de la députée irlandaise Mairead McGuiness3. Aujourd'hui c'est au tour des agriculteurs européens d'élever la voix : « Si un accord est conclu, l'UE serait totalement dépendante de l'extérieur pour assurer sa sécurité alimentaire, elle serait donc exposée à la fois aux aléas climatiques de ces pays, mais aussi à leurs décisions politiques », a souligné le président du COPA Gerd Sonnleitner.
Cette étude confirme les résultats présentés par momagri sur la base de scénarios plus larges et globaux d'une libéralisation totale des barrières commerciales à partir de 2010. Une étude menée par momagri en 2009 démontrait en effet que dans le cas d'une libéralisation de l'ensemble des marchés agricoles de la planète :
• la volatilité des cours des matières premières agricoles serait amplifiée ;
• les agriculteurs des pays les plus pauvres verraient leur chiffre d'affaires chuter de 60 à 80% certaines années ;
• les agriculteurs des pays émergents importateurs verraient leur chiffre d'affaires baisser de 30% pour la Chine, 40% pour l'Inde selon les années ;
• le chiffre d'affaires des agriculteurs des pays développés chuterait d'environ 30%.
• seuls les pays émergents exportateurs comme le Brésil tireraient leur épingle du jeu.
Pourtant, le Commissaire européen au Commerce Karl de Gucht insiste sur le fait que tous les membres de la Commission européenne se sont déjà entendus pour faire avancer ces négociations. Celles-ci devraient être finalisées à la fin de l'année 2011 ou au début de 2012.
L'attitude de la Commission européenne semble donc quelque peu schizophrène. D'un côté, elle souhaite adresser un signal politique fort à la communauté internationale en relançant la coopération avec les pays d'Amérique du sud et en réaffirmant sa position contre le protectionnisme. De l'autre, elle poursuit une négociation en vue d'aboutir à un accord dont elle sait aujourd'hui que les effets à en attendre lui seront néfastes et menaceront la pérennité de ses exploitations et plus globalement les équilibres agricoles internationaux.
Il est donc important de ne pas succomber à des « sirènes politiques » en concluant un accord dont les conséquences économiques seraient aussi néfastes qu'irréversibles pour un secteur stratégique comme l'agriculture européenne. S'il est essentiel de rassurer les marchés internationaux et de lutter contre les pratiques protectionnistes qui déséquilibrent les marchés, il ne convient pas non plus d'adopter la posture opposée qui consisterait à libéraliser totalement les échanges agricoles de zones radicalement différentes en termes économiques ou sociaux.
C'est tout l'objet des négociations en cours au sein du G20 et qui, dans le contexte actuel, sont plus que jamais cruciales pour l'UE : définir une nouvelle approche des échanges agricoles internationaux qui concilie libre-échange et régulation, de manière à bénéficier des avantages d'un marché ouvert sans en payer un prix tel qu'il affaiblirait un secteur dont l'intérêt économique et stratégique est croissant.
1 Cf article momagri du 21/03/11 : http://momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Negociations-commerciales-avec-le-Mercosur-quels-seront-les-impacts-pour-l-UE-_870.html
2 Source : Agra Presse Hebdo du 02/05/11
3 Cf article momagri du 21/06/10 : http://momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Les-parlementaires-europeens-inquiets-des-negociations-de-libre-echange-entre-l-UE-et-le-MERCOSUR-_707.html |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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| | Paris, le mardi 22 mai 2012 |
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