Réclamant que les producteurs soient payés 43 centimes par litre de lait, contre 28 à 34 centimes actuellement, la Fédération BDM des producteurs de lait, qui représente 45% de la production allemande, a lancé le 27 mai dernier un vaste mouvement de grève de leurs livraisons suivi par 95% de ses 32000 adhérents. Cette organisation professionnelle considère que le prix auquel les laiteries, en accord avec les distributeurs, achètent le lait est excessivement bas au regard de la hausse des prix de l’énergie et du fourrage. Les laiteries et les distributeurs profiteraient ainsi de leur position dominante pour faire pression à la baisse sur le prix d’achat du lait aux agriculteurs. Mais pour Hubertus Pellenghar, de l’association du commerce de détail (HDE), tout dépend des évolutions récentes du marché : « l’an dernier, il y avait trop peu de lait et les prix ont monté. Maintenant, il y a surproduction donc les prix descendent ». De son côté, l’OCDE a fustigé le mouvement de grève des producteurs allemands. Le Directeur pour le commerce et l’agriculture de l’organisation a notamment déclaré qu’ « au lieu de verser des larmes de crocodile parce que le prix du lait a un peu reculé par rapport aux prix records de l’an dernier, les producteurs devraient plutôt danser de joie que les prix soient toujours nettement plus élevés qu’il y a deux ans ». Malgré des premiers pourparlers entre les producteurs de lait allemands et la fédération du commerce de détail, la crise s’amplifie et les blocages des livraisons risquent de menacer les approvisionnements de certains supermarchés. Par ailleurs, la protestation s’est également étendue, avec des ampleurs différentes, à d’autres pays européens comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche ou la Suisse. Selon Sonja Korspeter, porte-parole de l’EMB, le Bureau européen du lait, « les exigences sont les mêmes pour tous : un prix fixe et équitable pour l’année 2008, la mise en place d’un système de fixation des prix fondé sur les coûts de production et une régulation du volume qui soit plus flexible ». Mais au-delà, cette crise illustre également les craintes des producteurs laitiers face à l’augmentation graduelle des quotas laitiers et leur suppression prévue en 2015. Pour le ministre allemand de l’agriculture, Horst Seehofer, qui a exprimé sa solidarité aux grévistes, une telle orientation constitue une « erreur » puisqu’elle risque d’accentuer la baisse du prix du lait. |