Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La crise laitière gagne du terrain en Europe

27 Juillet 2015


La crise que traverse l’élevage en France, laitier en particulier, fait tache d’huile en Europe, et confirme l’existence d’une crise au niveau européen. La situation est d’autant plus critique que les tensions entre éleveurs européens vont crescendo. Les Allemands et les Espagnols reprochant à la France des pratiques anticoncurrentielles (que cela soit en raison des mesures déployées par le gouvernement pour venir en aide aux éleveurs, notamment une préférence nationale accordée au lait français, que du blocage de camions allemands et espagnols aux frontières que les deux pays partagent avec l’hexagone).

Cette nouvelle crise rappelle amèrement celle de 2009, mais déjà les voix s’élèvent pour prédire qu’elle pourrait être bien pire. Les prix ont non seulement baissé en France, mais l’effet domino gagne l’ensemble de l’Union. Aujourd’hui la dégringolade concerne également l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, la Belgique, l’Allemagne ou encore en la Lituanie et la Finlande. De nouvelles baisses sont par ailleurs annoncées pour le mois d'août aux Pays-Bas, au Danemark et en Allemagne. Ainsi :
    - En France, Le lait est payé aux éleveurs depuis plusieurs mois autour de 30 centimes le litre selon FranceAgriMer, soit près de 10 centimes de moins qu’il y a un an alors que les charges ont, depuis, de nouveau augmenté.

    - L’Allemagne, pourtant première puissance laitière européenne et sereine il n’y a encore pas si longtemps, négociait en juin le prix du litre à 29 centimes, au lieu de 41 centimes dix-huit mois plus tôt. En ex-RDA, le prix du lait est même tombé à 25 centimes d'euro.

    - En Belgique, le litre de lait payé actuellement aux producteurs wallons tourne en moyenne autour des 25 centimes alors que son coût de production, hors main d'oeuvre, est estimé à 33 centimes. A la mi-2014, le litre de lait payé aux agriculteurs flirtait encore avec les 40 centimes.
Le secteur laitier mondial connait depuis le début de 2014 une situation de surproduction, provoquée par une baisse des achats chinois et par l'embargo de la Russie sur les produits laitiers européens. En Europe, la disparition des quotas laitiers en avril dernier a encore aggravé la situation exposant, avec plus ou moins d’intensité, les éleveurs aux fluctuations erratiques du marché, déjà structurellement instable.

Si aujourd’hui les réunions de crise se multiplient (Paris, Francfort), le malaise s’est définitivement installé en Europe. Aux facteurs conjoncturels s’ajoutent l’attentisme de certains gouvernements alors que les mesures déjà adoptées par d’autres ne suffisent pas.

Est-il encore possible de se tourner vers Bruxelles pour espérer un déblocage de la situation ? Malheureusement, Bruxelles persiste dans son « angélisme » et refuse de voir la gravité de la situation, se cantonnant au mieux à des mesures a minima (rachat de la poudre de lait pour retirer les excédents) au pire à des déclarations incantatoires invoquant les vertus des signaux du marché, alors que ses dernières inflexions ont surtout accéléré la dérégulation du marché laitier.

Pour certains, l’une des solutions pour gagner en compétitivité serait de se tourner vers de nouveaux marchés, notamment ceux des pays émergents. Mais il y avant tout urgence à se doter de nouveaux instruments de marché au niveau européen. Monsieur Phil Hogan comment comptez-vous gérer cette première crise laitière post-quotas ?


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Paris, le jeudi 23 novembre 2017