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Pour la première fois depuis les années 1990, la Russie va recommencer à importer des denrées agricoles, notamment des céréales. C'est ce qu'a officiellement déclaré le Premier ministre Vladimir Poutine le 29 novembre, lorsqu'il a appelé les autres puissances agricoles à réserver une part de leur production des céréales à la Russie. En effet, Arkadi Zlotchevski, président de l'Union russe du blé, a déclaré que la Russie était en cours de négociation avec l'Argentine, l'Ukraine et le Kazakhstan pour des achats de céréales.
Le pays, frappé par la sécheresse l'été dernier, voit ainsi sa stratégie agricole et son positionnement géopolitiques complètement bouleversés en moins d'un an. Dès 2005, le gouvernement avait misé sur le secteur agricole pour que le pays redevienne une grande puissance sur la scène internationale.
En 2009, tous les experts internationaux s'accordaient à dire que la Russie était effectivement devenue une grande puissance agricole, un des « greniers du monde ». Pour la première fois, la Russie devait même devenir le premier producteur mondial de céréales en 2009/2010, devant les Etats-Unis. Or cette année, les incendies de l'été 2010 ont entraîné une chute de près de 10% de la production agricole locale et on amené le gouvernement à adopter des mesures protectionnistes en décrétant un embargo sur les exportations de céréales. Conséquences : de sévères difficultés économiques dans la plupart des régions et une vague d'inquiétude chez les négociants et les analystes financiers.
Cet exemple montre bien :
1) Qu'il est extrêmement difficile d'anticiper avec précision, ne serait-ce qu'à 12 mois, la situation des marchés agricoles mondiaux ;
2) Que la constitution de grandes fermes du monde rend les marchés agricoles mondiaux plus sensibles aux aléas climatiques ;
3) Que le positionnement stratégique de l'agriculture au sein des grandes puissances mondiales, couplé avec les deux points précédemment évoqués, est un facteur supplémentaire de tensions des prix sur des marchés structurellement volatils.
En conséquence, il est indispensable de mettre en œuvre des mécanismes de régulation adaptés aux enjeux et aux risques qui sont désormais ceux de l'agriculture. Mais aussi de disposer d'indicateurs d'alerte qui permettent aux décideurs internationaux d'intervenir en amont pour limiter autant que possible les effets dévastateurs de tels mouvements des marchés. |