Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La Politique canadienne de gestion de l’offre sera-t-elle balayée par le partenariat transpacifique ?

27 Avril 2015


A l’heure où un 9e round prolonge les négociations autour du partenariat transatlantique, le partenariat transpacifique (PTP)1 serait « à deux doigts » de voir le jour au grand dam des producteurs laitiers canadiens. Ces derniers y voient une nouvelle tentative de faire tomber leur politique de gestion de l’offre, en place et efficace depuis plus de trente ans. Les laissant ainsi en pâture aux fluctuations erratiques des marchés et à l’arrivée massive de lait notamment américain, dopé pour les dispositions du nouveau Farm Bill, véritable force de projection de l’agriculture U.S.

L’accord de libre-échange avec l’Union européenne (AECG ou CETA) signé en septembre dernier avait déjà laissé un goût amer aux agriculteurs canadiens alors qu’il prévoit une hausse de 17 000 tonnes de contingent d’importation de fromage européen. Quant au PTP si l'Institut Fraser en a évalué les gains éventuels pour le Canada à un maximum de 0,5 % du PIB total, soit environ 9 milliards de dollars, «est-ce que cela vaut la mise en péril d'un secteur laitier qui rapporte année après année près de 19 milliards de dollars au PIB du pays, qui fournit 214 000 emplois et verse 3,6 milliards en taxes et impôts aux trésors gouvernementaux? » questionne Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec, dénonçant les pressions extérieures et intérieures visant à faire disparaître la politique de gestion de l’offre.

Celle-ci est pourtant un formidable acquis de la politique agricole canadienne. Elle consiste en un mécanisme de régulation en vertu duquel les producteurs canadiens de lait, de volailles et d’œufs ajustent leur production de manière à répondre aux besoins du marché intérieur. Non seulement le système de gestion de l’offre canadien ne coûte rien au contribuable, mais il permet d’éviter le déblocage de fonds d’urgence pour venir au secours d’une filière stratégique, en la protégeant de l’hypervolatilité des cours et a fortiori en assurant aux producteurs des revenus stables et justes. Dans cette configuration, les compensations en cas de pertes – promises par Ottawa dans le cadre du partenariat transpacifique ou avec l’Union européenne – ne seraient finalement qu’un retour en arrière et une maigre consolation, alors que l’avenir même de la filière laitière et des enjeux économiques qui lui sont liés, sont en jeu.

La multiplication des accords de libre-échange, mais également l’éprouvante poursuite des négociations autour du cycle de Doha ou encore la sortie des quotas laitiers en Europe, devraient surtout interpeller nos décideurs sur cette logique implacable qui voudrait qu’en vertu des principes dictant les échanges internationaux, un Etat serait dans l’obligation de démanteler les mécanismes de régulation corrigeant les défaillances des marchés.


1 Partenariat négocié entre les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, le Pérou, le Chili, le Japon, le Vietnam, le Brunei, la Malaisie, Singapour, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.


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Paris, le mardi 12 décembre 2017