Le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO), Jacques Diouf, a appelé le 15 août dernier à la création et la mise en application de normes internationales pour réguler les marchés mondiaux des agro-carburants. En effet, ces carburants alternatifs peuvent représenter un facteur important dans la réduction de la pauvreté dans les pays en développement. En théorie, les agriculteurs trouveraient un nouveau débouché permettant une augmentation de leur revenu moyen. Mais il ne faut pas perdre de vue les conséquences d’une focalisation incontrôlée sur ce type de production. Ainsi, l’essor sans précédent des cultures destinées aux agro-carburants continue d’alimenter la hausse des prix des denrées alimentaires et peut constituer une réelle menace pour les cultures vivrières. La sécurité alimentaire de nombreux pays, notamment sur le continent africain se voit alors affaiblie. Des experts internationaux, réunis à Stockholm lors de la Semaine mondiale de l’eau en août dernier, soulignent par ailleurs que leur production est très gourmande en eau. Ils redoutent eux aussi que la fabrication à grande échelle de ces carburants à partir de produits agricoles, en monopolisant une part trop importante de la ressource en eau déjà limitée, se fasse au détriment de la production d’aliments de base. Se rajoute à cela l’impact de la production des agro-carburants sur l’environnement, dont l’ensemble des coûts collectifs induits reste à évaluer, notamment au Brésil ou en Malaisie où la forêt continue de réduire à grande vitesse. L’appel de Jacques Diouf vise donc à alerte l’opinion publique et les dirigeants des dangers d’une libéralisation totale de ce secteur où toutes formes de régulation s’effaceraient, au profit de la seule loi du plus compétitif et des avantages comparatifs. Cela anéantirait alors les bénéfices potentiels du développement de la production et des échanges des agro-carburants et conduirait au contraire à une aggravation de la situation alimentaire des pays les plus pauvres et à une dégradation plus accrue de l’environnement. Espérons que le Brésil, les Etats-Unis, la Chine et l’Union Européenne, volontaires dans le développement du marché international des agro-carburants, soient sensibles à l’appel de Jacques Diouf et posent les principes de régulation de ce secteur lors de la prochaine conférence internationale organisée par l’Organisation des Nations Unies en juin 2008. Mais cela ne doit constituer qu’une première étape, car au-delà de normes internationales sur les seuls agro-carburants, c’est bien un nouveau mode de gouvernance de l’ensemble des marchés agricoles que préconise le MOMA à travers son action.
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