Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La CEDEAO renouvelle ses vœux pour
une « vision agricole endogène »

4 Novembre 2016


Du 1er au 5 novembre s’est tenue à Dakar la première réunion délocalisée du parlement de la CEDEAO (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) sur le thème « le plan régional d’investissement agricole de la CEDEAO (PRIA) et les plans nationaux d’investissement agricole (PNIA) des Etats membres dans le cadre de la proposition de révision de la politique agricole commune de la CEDEAO ».

La révision de la politique agricole régionale de l'Afrique de l'Ouest (ECOWAP) 2016-2025, initiée en 2005, était l’un des objectifs principaux de cette réunion. C’est dans cette optique, que le président du parlement de la CEDEAO, Moustapha Cissé Lô, a rappelé, qu’environ 80% de la population de la région vivent dans le monde rural et leur principale activité reste l’agriculture. A ce titre, il a appelé à bâtir un système fort, tournée vers une « vision agricole endogène »1. Selon M. Lô, « l’agriculture étant le socle du développement de nos pays, il est de bon aloi de lui donner une place prépondérante dans nos choix et politiques économiques ».2

Cette réunion a été l’occasion de dresser des recommandations en matière de politique agricole dans le prolongement des initiatives prises en novembre 2015 visant à renforcer cette politique en vue de la rendre plus efficace et notamment d’échanger autour des deux piliers opérationnels, les Plans nationaux d’investissement agricole (PNIA) et le Programme régional d’investissement agricole (PRIA) qui fondent l’ECOWAP. Parmi les initiatives les plus notables lancées par la CEDEAO dans le cadre de ces deux piliers figurent le système régional d’information agricole (Ecoagris) initié en 2012, les programmes pour l’appui à la régulation des marchés (Parmao) adopté en 2013 et pour la facilitation de la libre circulation des produits agricoles (ProFAB) qui visent aussi à contribuer à la régulation du marché régional des produits agricoles en 2015. Il faut également relever la mise en place d’une Réserve régionale de sécurité alimentaire dont le premier stock physique est en cours de constitution (la région cible une capacité de stockage totale d’1 million de tonnes d’ici 2020)3.

Construire une politique agricole intégrée est une tache ambitieuse d’autant plus pour des pays aux institutions et aux finances fragiles. Comme l’a soulevé M. Lô lors de la réunion du parlement de la CEDEAO « si nous voulons lutter contre la famine et la malnutrition, il faut que le quart des budgets d'investissement des gouvernements soit consacré à l'agriculture. La meilleure tactique pour le développement de l'Afrique, c'est d'appuyer l'agriculture »4. Les députés ont en outre été appelés à veiller « au respect de l’engagement pris par les pays africains de consacrer 10% des budgets nationaux au secteur de l’agriculture ».5

Parmi les difficultés dans la mise en place d’une politique agricole figure l’épée de Damoclès des Accords de Partenariats Economiques (APE) entre notamment la CEDEAO et l’UE.

En effet, comme le soulève, Nadjirou Sall, secrétaire général du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA) dans un entretien à l’Afdi, la consolidation du marché ouest-africain est un préalable avant d’enclencher tout processus de libéralisation :

« C’est notre principal défi, avant de penser à la création d’une zone de libre-échange avec l’Europe ! Tant que nous n’avons pas construit notre marché régional, ça ne sert à rien de se disperser. Nous devons nous concentrer sur cet enjeu pour faciliter la circulation des marchandises agricoles au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)6. »

Ainsi l’APE adopté par la CEDEAO en 2014 prévoit une libéralisation de 75% de son marché contre une ouverture totale du marché européen. L'Afrique de l'Ouest a exclu la plupart des produits agricoles d’une libéralisation totale. Cependant deux produits importants pour la sécurité alimentaire et l’avenir à long terme de la production régionale ne seraient pas exclus de la libéralisation envisagée par l’accord : la poudre de lait et les céréales (autres que le riz).

A ce jour 13 Etats-membres sur 15 de la CEDEAO ont signé l’APE régional. La Gambie et le Nigéria refusant toujours de signer, bloquent pour l’heure sa mise en œuvre finale. En cause notamment l’impact sur ces pays de la baisse de droits de douane accordée aux importations européennes en échange de l’accès au marché européen sans taxation des produits provenant de ces ensembles régionaux. Si les négociations autour des APE promettent d’être complexes (un seul de ces accords, celui avec l’Afrique australe, a été paraphé, après plus de quinze ans de pourparlers), les garanties que leur adoption finale n’hypothèque pas l’émergence d’une meilleure intégration régionale et donc la possibilité d’une politique agricole ouest africaine forte ne semblent pas acquises à ce stade.


1 http://www.aps.sn/actualites/economie/(...)/cedeao-moustapha-cisse-lo-pour-une-vision-agricole-endogene
2 http://parl.ecowas.int/english/deputes/depute_carte.htm
3 Lire sur ce sujet le dossier d’Inter-Réseaux
http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/bds19_ecowap_mars2016.pdf

4 Ibidem
5 Ibidem
6 http://www.afdi-opa.org/stoppons-la-mise-en-oeuvre-des-ape/


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Paris, le lundi 25 septembre 2017