Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

La Banque mondiale reconnait pour la première fois l’importance de l’agriculture dans le développement

30 avril 2007

Après la parution en décembre dernier des résultats de son audit interne aux conclusions qui confortent l’analyse du MOMA1 , la Banque Mondiale poursuit sa remise en question. L’institution internationale affiche en effet un revirement de stratégie dans son prochain Rapport mondial sur le développement à paraître en septembre prochain : elle considère que l’agriculture est à remettre au cœur de la politique de développement et qu’une régulation est nécessaire.

Les politiques d’ajustement structurel n’ont pas fait leur preuve et sont remises en cause

La Banque Mondiale intervient depuis sa création en 1944 dans le financement des restructurations économiques de secteurs ou d'administrations dans les pays en voie de développement. En contrepartie de ses investissements, la Banque Mondiale réclamait jusqu’à présent que des « politiques d'ajustement structurel » soient mises en place. Cette conditionnalité, qui prône l’ouverture des marchés et la privatisation, est aujourd’hui remise en question : elle a souvent été accusée d’affaiblir les pouvoirs publics locaux au profit d’entreprises privées d’origine étrangère. Dans le secteur agricole, « les politiques d’ajustement structurel ont balayé les politiques publiques agricoles antérieures sans les remplacer », affirme au Monde Michel Griffon, responsable de l’Agriculture et du Développement Durable au sein de l’Agence Nationale de la Recherche.

Et la pauvreté n’a pas reculé…

Il faut maintenant investir pour le développement agricole et l’idée d’une régulation des marchés se profile

Alors que les trois quarts des pauvres des pays en développement se trouvent dans les zones rurales, les services de la Banque mondiale se sont souvent détournés de l’agriculture, pourtant à la base du développement économique, au profit du secteur industriel.

Jacques Diouf, directeur général de la FAO, avait déjà expliqué, à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation le 16 Octobre 2006, que la solution durable aux problèmes d’alimentation et de pauvreté était de permettre au paysan de produire pour se nourrir et de vendre une partie de sa production pour disposer d’un revenu.

La Banque Mondiale souligne l’importance stratégique que revêt l’agriculture dans le développement : « l’agriculture est une source hautement efficace de croissance » peut-on lire dans le World Development Report 2008.

Mais cette croissance est très dépendante du soutien du secteur public et n’est donc pas aujourd’hui compatible avec le dogme néolibéral : « la mise en place de stratégies de développement agricole réclame de solides stratégies nationales et une administration publique œuvrant en faveur d’une redistribution et d’une responsabilité financière efficaces ». Cette approche est dans la lignée de la stratégie pour la promotion de la gouvernance et pour la lutte contre la corruption approuvée le 20 mars dernier par les administrateurs de la Banque Mondiale.

En réhabilitant le rôle de l’Etat, la Banque Mondiale assure que sa nouvelle politique d’investissement ne pourra pas se faire sans un soutien public accordé aux agriculteurs. L’agriculture retrouve donc sa place spécifique et stratégique et la nécessité d’une régulation des marchés agricoles internationaux se précise.

Espérons que les Etats membres de la Banque, qui procèdent en ce moment à l’évaluation du rapport en vue de sa validation, confortent ces orientations partagées par le MOMA et appuient l’investissement dans le développement agricole.

1 Voir la tribune de Jacques Carles, délégué général du MOMA, mise en ligne sur ce site le 15 janvier 2007

Haut de page
Paris, le lundi 22 décembre 2014