Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

L’intelligence économique,
un outil stratégique pour les marchés agricoles

11 Mars 2013


La financiarisation croissante des marchés agricoles n’a pas fini de noircir les pages des quotidiens européens et internationaux et d’agiter nos responsables politiques. Si la spéculation sur les denrées alimentaires a fait grand bruit ces derniers mois, il est une réalité de ces marchés que l’on évoque peu : le recours à l’intelligence économique pour contrer la volatilité des prix agricoles1.

L’information est devenue une arme de guerre économique redoutable dans un contexte où la globalisation a conduit à un décloisonnement des frontières, a renforcé la volatilité des prix, et où les grilles de lecture des marchés financiarisés se sont opacifiées.

Dans cette configuration, l’Intelligence économique s’est invitée depuis quelques années sur les marchés agricoles. Elle est devenue un outil de plus en plus utilisé tant par des intérêts privés que publics afin de maîtriser l’information pour mieux agir sur les marchés et anticiper les actions à mener. Car comme l’explique Alain Juillet, président du CDSE (Club des Directeurs de Sécurité des Entreprises), « dans le monde concurrentiel actuel, si vous n’avez pas de bonnes informations, vous êtes balayé par ceux qui les ont ».

Des sociétés peuvent ainsi traiter des milliers d’informations nouvelles par jour via des dispositifs informatiques performants. Le tout étant de trouver le juste équilibre entre les informations émanant des autorités et des marchés et les chiffres des récoltes réellement constatées sur place…Car les manipulations de chiffres sont courantes à des fins politiques, économiques et commerciales. Pour ne citer qu’un exemple, dernièrement au Kazakhstan des cas de pressions de gouverneurs locaux sur des agriculteurs ont été enregistrés afin de gonfler les chiffres de leur production…

D’autres solutions innovantes permettent également de maîtriser l’information sur la météo et les rendements, comme le propose le service de satellite « Grain » (Global Risk Agricultural Intelligence) lancé par le numéro un de l’industrie spatiale européenne, Astrium, qui permettrait de prévoir la récolte à l’échelle d’un pays.

Occuper le terrain sur le plan informationnel est un atout compétitif de taille pour tous les acteurs des marchés agricoles mondiaux. La difficulté majeure n’étant pas de trouver l’information, mais de trouver l’information juste et utile qui permettra la mise en place de stratégies agricoles d’influence et de contre-influence, d’anticipation et de positionnement. Si elle bien utilisée, l’information permettra également de limiter le potentiel d’erreur sur des marchés agricoles qui deviendront de plus en plus certains.

Pourtant le risque zéro n’existe pas. Si la maîtrise de l’information est appelée à devenir le nerf des échanges commerciaux mondiaux, il faudra veiller qu’au-delà des intérêts des Etats, des investisseurs et des multinationales, une confiance globale entre les acteurs des marchés agricoles et un partage de l’information s’établissent. Sans cela, la maîtrise des flux informationnels pourrait devenir une arme puissante de déstabilisation dont les effets pourraient être catastrophiques.


1 A ce titre nous vous recommandons la lecture de l’article des Echos en date du 26 février « l’espionnage est dans le pré », en suivant ce lien http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/grande-consommation/actu/0202561823146-l-espionnage-est-dans-le-pre-542042.php
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Paris, le jeudi 27 novembre 2014