Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

L’indépendance alimentaire chinoise soumise à rude épreuve

17 Mars 2014


« La plus grande des indépendances est l’indépendance alimentaire » déclarait récemment le ministre sénégalais de l’agriculture, Papa Abdoulaye Seck.

Cette indépendance, quête incessante en Chine, pourrait connaître de profonds bouleversements. En effet, selon une récente étude du Comité central du Parti communiste, la production chinoise de blé pourrait avoir été polluée par le récent smog (pics de pollution dus à la combustion du charbon) et connaître à terme des conditions « semblables à un hiver nucléaire ». Les conséquences de ce ralentissement pourraient affecter l’approvisionnement alimentaire des 1,3 milliard de Chinois, alors que la production agricole compte pour 10% du PNB du pays.

Cette situation est d’autant plus alarmante que la Chine est importatrice nette de produits agricoles, comme le blé (selon certaines estimations l’année 2013 l’aurait propulsé au rang de premier importateur de blé au monde), mais aussi le lait. Pékin a par ailleurs développé une politique d’achats de terres perçue comme inévitable en vue de relever son défi alimentaire.

A la fois géant agricole en tant que puissance commerciale, elle mesure ainsi chaque année un peu plus ses faiblesses structurelles face à une demande intérieure humaine et animale difficilement soutenable, face également à des habitudes alimentaires en mutation et à des risques exogènes – tels les aléas climatiques – qu’elle peine à endiguer.

Misant sur une politique de soutien actif à son agriculture, Pékin multiplie les initiatives en vue de soutenir sa production agricole et d’assurer sa sécurité alimentaire, en passant notamment par des mesures environnementales. Une course contre la montre, pour laquelle la ligne d’arrivée paraît s’éloigner d’année en année tant les défis à relever sont nombreux.

Les aléas exogènes auxquels sont soumis les agriculteurs chinois, représentent un réel défi, non seulement pour la Chine mais pour toutes les économies agricoles de la planète. Un défi qui pourrait par ailleurs concerner des zones majeures de production agricole en Amérique du sud ou encore en Asie du Sud-Ouest alors qu’un phénomène El Nino pourrait apparaître cet été.

Surtout, les effets destructeurs des aléas climatiques ou épizootiques sont amplifiés par les risques endogènes, c’est-à-dire les défaillances intrinsèques et structurelles des marchés agricoles : diminution des stocks mondiaux, non ajustement automatique de l’offre et de la demande sur les marchés agricoles et spéculation sur les matières premières agricoles.

Les conséquences du smog chinois ou encore du futur phénomène El Nino sur les marchés internationaux ne sont finalement que des allumettes qui déclenchent la flambée des prix sur des marchés de plus en plus inflammables à mesure que les mécanismes de régulation sont démantelés et qu’une spéculation mal maîtrisée se développe.


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Paris, le lundi 20 novembre 2017