Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

L’embargo russe sur le porc européen :
une bombe à retardement ?

17 Février 2014


Décidément, les relations entre Bruxelles et Moscou ne sont pas au beau fixe : Implication de l’UE dans la crise ukrainienne, sommet UE-Russie sous tension à Bruxelles le 28 janvier et depuis le 4 février décret d’un embargo russe sur la viande porcine européenne à la suite de la découverte, le 24 janvier, de deux cas de fièvre porcine africaine sur des sangliers lituaniens.

Après l’embargo imposé le 7 octobre dernier par la Russie sur les importations des produits laitiers en provenance de Lituanie, voici qu’un secteur essentiel de l’industrie agroalimentaire est à son tour touché. Mais plus grave encore : l’embargo ne concerne pas la seule Lituanie mais touche également l’ensemble de l’Union européenne.

La Russie absorbe un quart des exportations européennes de produits porcins, provenant en priorité des Pays-Bas, de l'Allemagne et du Danemark, pour une valeur totale annuelle de 1,4 milliard d'euros. Depuis l’implosion de l’URSS, les importations russes de viande de porc ont explosé, et depuis 2009, les Européens ont repris au Brésil la place de premier fournisseur de la Russie.

En France, les abattoirs pour qui l'exportation de viande porcine représente un tiers de l'activité, ont exhorté la Commission européenne à répondre aux demandes des autorités sanitaires russes afin de mettre fin à l’embargo. « Un cas de peste porcine africaine sur un sanglier en Lituanie et ce sont 28 pays de l'Union européenne qui sont exclus du marché russe, notre premier client, avec plus de 800.000 tonnes de viandes porcines exportées par an, pour une valeur supérieure à un milliard d'euros! » s’inquiète le syndicat des entreprises de la viande, Sniv-Sncp. Le Comité régional porcin (CRP) de Bretagne a d’ores et déjà demandé à l'Europe de « réagir pour soutenir ses filières porcines en activant les outils d'intervention sur le marché : stockage privé, restitution ».

Au-delà des raisons sanitaires et des motivations politiques avérées ou non, la décision russe fragilise non seulement l’équilibre politique précaire entre Moscou et Bruxelles mais opacifie davantage un secteur déjà instable.

La politique de stop and go à laquelle Moscou est coutumière peut laisser un marché exsangue comme cela a été le cas lors de l’embargo céréalier de 2010 et provoquer une crise dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Au 8 février, la tendance du cours du porc basculait à la baisse, alors que 10 jours auparavant les prévisions étaient à la hausse. Sur ces marchés à anticipation complexe qu’est ce qui demain pourrait empêcher un brusque et fatal retournement des cours si l’embargo venait à perdurer ?

Aujourd’hui plus que jamais, le marché agricole mondial nécessite la mise en place de principes de gouvernance et de régulation adaptés qui permettent de se prémunir contre les décisions unilatérales et non coordonnées d’Etats comme la Russie.


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Paris, le samedi 23 septembre 2017