Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

L’agrofourniture touchée par la volatilité des prix agricoles

08 Novembre 2010



La volatilité des marchés agricoles ne touche pas seulement les agriculteurs. C’est ce que souligne un article publié dans la revue Agrapresse du 25 octobre et qui démontre que toutes les industries d’agrofourniture qui agissent en amont du secteur agricole sont sévèrement touchées par la volatilité des prix agricoles.

Le phénomène touche à la fois les fournisseurs de machines agricoles (tracteurs, moissonneuses batteuses, matériels de traite), mais aussi les fournisseurs de produits phytosanitaires. Ainsi, le 1er semestre 2010 a été marqué par une baisse de 30% des ventes de matériels agricoles et d’engrais et une chute de 20% à 40% de l’activité de production, par rapport au même semestre l’année précédente. Si les prévisions concernant le 1er semestre 2011 semblent meilleures, avec 6% de hausse estimée des ventes, elles sont toutefois insuffisantes pour endiguer les baisses passées.

« Ce phénomène est parallèle à l’instabilité des cours des productions agricoles et de la trésorerie des agriculteurs ». En effet, lorsque les revenus des agriculteurs varient régulièrement de +10% à – 30% en deux ans, les volumes d’achats en agrofournitures varient sensiblement, ces derniers constituant une variable d’ajustement de plus en plus utilisée par les agriculteurs.

L’agrofourniture doit donc faire face à des marchés de plus en plus volatils et imprévisibles. « Avant 2007, nous suivions des cycles réguliers. Maintenant il n’y a plus de règles », déclare Pascal Perrot, représentant du Sedima (Syndicat national des entreprises de service et distribution du machinisme agricole) pour le département de la Creuse. La volatilité des cours des matières premières agricoles est donc un phénomène qui a des effets transversaux et globaux, elle touche l’ensemble du secteur agricole, affectant les revenus des agriculteurs et des petits paysans des pays en voie développement, et par conséquence les industries en amont qui produisent les intrants nécessaires à la production agricole. Et comme le rappelle Hervé Plagnol1 dans son éditorial, « S’il n’y a pas de pays sans paysan, il n’y a pas non plus de paysan sans fournisseurs ».

Mais pire, en devenant une des variables d’ajustement face à des prix de plus en plus volatils, la baisse de la consommation d’agrofourniture contribue à tendre le marché et notamment la capacité de production des exploitants en affectant leur rendement, et donc leur compétitivité future. C’est l’entrée dans un cercle vicieux dont les conséquences, qui ne sont visibles qu’à terme, peuvent être dramatiques.


1 Rédacteur en chef de Agrapresse
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012