Alors que la révision à la baisse des anticipations sur les rendements en Ukraine a fait beaucoup de bruit sur le marché international des céréales, une autre information en provenance de l’ex-grenier à blé de l’URSS retient l’attention des investisseurs et des spéculateurs internationaux : l’annonce de la libéralisation prochaine du marché foncier agricole ukrainien. Maintes fois prolongé depuis son instauration à la suite du partage agraire amorcé en 2000 par le gouvernement, le moratoire sur la vente et l’achat de terres agricoles devrait prochainement être aboli. « Comme cela a été convenu avec les forces politiques décisionnelles, dès janvier 2008, l’Ukraine doit être en mesure de faire fonctionner un marché foncier agricole » a annoncé le président Victor Iouchtchenko, le 22 mai 2007, devant un parterre d’entrepreneurs étrangers. Les investissements, nationaux et étrangers, commencent déjà à affluer et les spéculations vont bon train : on s’attend à ce que le prix d’un hectare passe, pour les meilleures terres, de 500 à plus de 5000 voire 8000 dollars1 ! L’Ukraine dispose en effet d’un potentiel de production agricole difficilement égalable. Le territoire concentre le tiers des terres noires d’Eurasie : les fameux tchernozioms. Ces sols profonds, jusqu’à plusieurs mètres, sont extrêmement fertiles car riches en matière organique, et sont généralement bien alimentés en eau du fait du climat continental dont bénéficie le pays. Cette année, la pluie a pourtant fait défaut alors que les cultures entamaient leur phase d’installation ou de croissance végétative, entraînant les rendements à la baisse. Mais le débat autour d’une libéralisation définitive du marché foncier est loin d’être clos : une ouverture totale déstabiliserait complètement la paysannerie traditionnelle ukrainienne qui coexiste pour le moment aux côtés de grandes entreprises agricoles. Ces dernières sont issues des anciennes grandes coopératives, ou sont apparues plus récemment, sous la forme d’agro-holdings riches de parfois plusieurs centaines de milliers d’hectares. A la faveur de la libéralisation du marché foncier, le nombre d’agro-holdings est appelé à être multiplié par dix avec la restructuration des fermes familiales. Selon Jean Jacques Hervé, assistant technique des Affaires Etrangères en Ukraine2 , beaucoup d’entreprises agricoles nationales, souvent anciennes, restent aussi convaincues qu’une nouvelle prolongation du moratoire reste la meilleure solution pour permettre une exploitation rationnelle du potentiel de production, tout en se mettant à l’abri de la spéculation3 . De vives discussions sur le sujet reprendront sans doute au sein de la Rada, le parlement ukrainien, après les élections prévues pour le mois de septembre. Cet exemple ukrainien nous apporte une nouvelle illustration de la nécessité de prendre en compte, non seulement le volet commercial, mais aussi l’ensemble des questions sociétales ou environnementales liées à une libéralisation dans le domaine agricole. Alors que l’engouement pour les agro-carburants ne semble pas s’essouffler, les problématiques foncières, en Ukraine et ailleurs, sont ainsi appelées à être de plus en plus sensibles car elles sont au cœur de l’arbitrage à trouver entre productions alimentaires et énergétiques.
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