L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a récemment proposé de supprimer les droits de douanes des pays développés sur les produits tropicaux et de limiter les mesures de sauvegarde protégeant les pays en développement d’importations massives. Le texte de Crawford Falconer, publié le 26 mai dernier, complète un premier volet de propositions, présenté un mois auparavant, qui avait déjà suscité de vives réactions. Reconnu « provoquant » par l’auteur lui-même et jugé « déséquilibré » par l’ancien ministre de l’Agriculture français, Dominique Bussereau, le premier rapport proposait un abaissement significatif des subventions agricoles européennes et américaines ainsi qu’une réduction drastique des droits de douane. Le second volet des propositions de l’ambassadeur néo-zélandais précise que les droits de douane imposés par les pays développés sur les produits tropicaux devraient être réduits à zéro quant leur taux est inférieur à 25 %, et devraient être diminués de 85 % quand ils sont supérieurs à ce taux. Il rejoint ainsi la position du groupe de Cairns, association de pays exportateurs de produits agricoles dont font notamment partie l’Australie, le Canada, le Brésil et La Nouvelle Zélande… L’OMC, par la voix de Crawford Falconer, va plus loin et exprime sa volonté de limiter le recours du mécanisme de sauvegarde spécial à certains produits. Cette mesure d’urgence, qui consiste en la mise en œuvre licite, pendant une durée limitée, de dérogations aux règles de l’OMC (principalement des surélévations de barrières commerciales), permet pourtant aux pays en développement de protéger leurs économies contre les vagues d’importations qui détruisent les agricultures vivrières et accroissent la dépendance alimentaire. En prenant clairement position aux côtés des pays exportateurs, l’OMC s’oppose au G33 qui souhaite que le mécanisme de sauvegarde soit au contraire appliqué à tous les produits d’importations. Ce groupe rassemble aujourd’hui 46 pays en voie de développement tels que l’Inde, la Chine ou le Kenya, en majorité importateurs de produits agricoles et caractérisés par une forte population rurale. Ces propositions, cherchant à bousculer les négociations du cycle de Doha dans l’espoir d’obtenir quelque avancée, sont dans la droite ligne d’une dérégulation totale des échanges. Supposée bénéfique pour tous, elle n’est pourtant en aucun cas justifiée pour les marchés agricoles : aucune analyse exhaustive des coûts induits n’a été effectuée et on le sait, la doctrine et les modèles sur lesquels se base l’OMC ne correspondent pas aux spécificités agricoles. C’est bien pour cette raison que le MOMA construit le modèle NRA. |