Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

L’Afrique et le défi agricole : d’une stratégie de sécurité alimentaire à une stratégie de souveraineté alimentaire1

7 Juillet 2014


Le 23e Sommet de l’Union africaine a eu lieu du 20 juin au 27 juin à Malabo (Guinée équatoriale) autour du thème de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en Afrique, auquel l’année 2014 est également consacrée. L’occasion pour les 54 pays présents de faire le bilan de leur politique agricole initiée il y a dix ans. Un bilan en demi-teinte, car les discours ont peu été suivis d’effets.

Les engagements de Maputo (2003), qui prévoyaient que les pays d’Afrique consacrent 10 % de leurs dépenses à l’agriculture, 11 ans plus tard, n’ont été respectés que par 7 des 53 pays signataires, alors que les objectifs du Programme Détaillé de Développement de l'Agriculture Africaine (PDDAA) du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) adoptés en 2004 et visant à aider les pays africains à atteindre le taux de croissance agricole de 6% par an, sont également loin d’être atteints.

Les organisations de la société civile lors de ce sommet ont ainsi pointé du doigt la facture croissante des importations de produits alimentaires. En effet l’Afrique consacre déjà 33 milliards USD chaque année à l’importation de denrées de base, bien que le continent possède suffisamment de ressources pour répondre à l’échelle continentale aux besoins alimentaires de ses 1,1 milliards habitants.

Malgré l'engagement significatif pris par les Chefs d'état africains d'éliminer la faim sur le continent d'ici à 2025, ce Sommet prouve, malgré certaines avancées, qu’il manque encore aux dirigeants de l’Union Africaine une vision stratégique de l’avenir de l’Agriculture et un passage à l’acte effectif afin de réaliser pleinement la révolution agricole du continent.

En Afrique, 70% de la population active travaille dans l’agriculture, contre 43% à l’échelle mondiale. Cependant, l’Afrique n’est toujours pas parvenue à l’autosuffisance, alors que la Chine et l’Inde, qui disposent de 3 à 6 fois moins de surfaces cultivables disponibles, y sont parvenues.

Le développement de l’agriculture représente pourtant la clé de voûte de toute politique de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Selon la Banque Mondiale, la croissance du secteur agricole est environ deux fois et demie plus efficace pour faire reculer la pauvreté que la croissance dans les autres secteurs.

La « nouvelle révolution agricole » doit donc passer par le renforcement des investissements agricoles, la mise en place d’une industrie agro-alimentaire, la formation des jeunes et le financement de la recherche, mais il est également essentiel que la gouvernance internationale mette en place des conditions plus favorables au développement de l’agriculture africaine et à son intégration dans les marchés internationaux.


1 Expression utilisée par Sibiri Jean Zoundi, spécialiste de l’agriculture africaine
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Paris, le lundi 20 novembre 2017