Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

In Agriculture we trust

24 Mars 2014


Fin février, Tom Vilsack, secrétaire américain à l’Agriculture dévoilait les statistiques préliminaires de l’Agriculture US pour l’année 2012 (the Census of Agriculture), reconduit tous les cinq ans1. Les chiffres de l’USDA révèlent ainsi une Amérique rurale stable dans la durée, mais soumise à des risques endogènes et exogènes, à l’instar de la récente sécheresse en Californie, « grenier » des Etats-Unis :
    - Ainsi, si les revenus agricoles US sont au beau fixe, la Ferme américaine a perdu 72 millions d’hectares depuis 1982,
    - Par ailleurs si le nombre de ses exploitants a légèrement baissé entre 2007 et 2012 (moins 1,6%) passant de 2 204 792 opérateurs à 2 109 363, la population rurale active se fait vieillissante (âge moyen d’un exploitant 58,3 ans).
Tom Vilsack annonce qu’ « une nouvelle conquête agricole » par l’intermédiaire du Farm Bill, difficilement adopté, permettra d’inverser progressivement la tendance relative à la disparition des terres agricoles et de répondre au mieux aux contraintes climatiques et de marché. En effet, dans le cadre de l’Agricultural Act of 2014 les farmers américains disposeront notamment d’une large gamme d’outils assurantiels leur permettant non seulement de garantir leur chiffre d’affaires mais également de se prémunir des aléas climatiques et de la volatilité des prix.

En dépit des préconisations de l'OMC, par l’intermédiaire de ce nouveau Farm Bill, les Américains vont par ailleurs inciter leurs producteurs à produire plus et à exporter afin, comme l’explique Tom Vilsack, de soutenir « le leadership mondial » des agriculteurs américains.

Qu’importe les statistiques, in « Agriculture we trust » paraît être l’inébranlable mantra sur lequel repose le succès du secteur agricole américain. Qu’en est-il en Europe ? En France, chez les agriculteurs, combien de divisions ?

Le nombre d’exploitants français a diminué de 21%2 en 2000 et 2010. Plus frappant encore : entre 1963 et 2011, le nombre d’agriculteurs français a diminué de près de 3 millions. Entre 2000 et 2010, les exploitations en France se sont agrandies et leur nombre a diminué de 26%. Par comparaison, le nombre d'exploitations a diminué de 24 % en Italie, 29 % aux Pays-Bas et 36 % en Allemagne sur la même période. Enfin, toute l’Europe est concernée par une importance disparition des terres agricoles, mais la France connaît un rythme particulièrement élevé : elle perd en moyenne 82 000 hectares de terres agricoles chaque année, soit plus de 220 hectares par jour.

Si la situation varie d’un Etat membre à l’autre, notamment en terme de revenus agricoles, tous les pays de l’Union européenne ont cependant besoin de mécanismes de régulation pour stabiliser leurs revenus à des niveaux rémunérateurs et d’outils de gestion de marchés agricoles efficaces, à l’instar du modèle américain, face à des marchés de plus en plus incertains. Or les nouvelles inflexions européennes en matière de politique agricole n’en prennent pas le chemin. Sera-t-il alors permis aux agriculteurs de vivre demain de leurs terres ? Au nom de la compétitivité et de la sécurité alimentaire européenne, espérons-le.


1 Le rapport final sera disponible en mai 2014
2 Recensement 2010
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Paris, le samedi 23 septembre 2017