Le 14 juillet 2010, les cours du cacao ont atteint sur le marché à terme leur plus haut niveau depuis septembre 1977, en grimpant jusqu’à 2725 livres la tonne (plus de 3270€).
Les raisons de cette flambée des prix inhabituelle ? Un spéculateur. Non pas plusieurs, mais un seul spéculateur. Sur fond de mauvaises récoltes en Afrique, Anthony Ward, président du fonds d'investissement britannique Armajaro, a ainsi mis la main en juillet sur près de 240.100 tonnes de cacao, soit l’équivalent de 7% de la production mondiale de cacao, 15% des stocks mondiaux et 25% des stocks européens estimés.
L’objectif était clair : assécher le marché pour créer de la rareté, faire grimper les cours et revendre au prix fort. Une opération de spéculation connue appelée squeeze ou corner outre-Manche. Anthony Ward n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’éclat. En 2002, ce spécialiste du marché du cacao s’était en effet distingué par l’acquisition expresse de 204 000 tonnes de fèves. Elle lui avait rapporté 47,4 millions d'euros à la revente deux mois plus tard.
Le tout dans la plus parfaite « légalité » ! Suite à cette récente opération, la Bourse du NYSE Liffe où s'échange le cacao à Londres a assuré, dans une lettre publiée le 21 juillet par le Financial Times : qu’ « il n’y [avait], selon [leurs] investigations, aucune preuve d’acte abusif ni aucun acteur du marché qui [avait] agit dans le but de distordre les prix sur les contrats de juillet»1 (sic) !
Le renforcement des règles régissant les transactions sur les marchés agricoles n’en sont que plus urgentes. Aujourd’hui, un spéculateur habile contrôle à lui seul près de 10% de la production mondiale de cacao, et 15% des stocks mondiaux. Qu’en sera-t-il si demain un ou plusieurs spéculateurs s’entendaient pour prendre le contrôle sur 10, 20, 30% du marché mondial de blé ? Ce produit de première nécessité duquel dépend directement l’alimentation de près de la moitié de la population mondiale !
A l’heure où plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde, il n’est pas admissible que les marchés à terme où s’échangent les matières premières agricoles puissent être le terrain de jeu des spéculateurs en mal de coups de poker financiers. Il est impératif que la communauté internationale prenne la mesure des risques que la spéculation non régulée fait peser sur l’équilibre mondial, et mette par conséquent en œuvre des réglementations et organes de contrôle efficaces pour en éliminer la menace.
1 Rapporté par le Figaro, « Le spéculateur «Chocolate Finger» fait flamber le cacao » 22/07/2010 |