Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Faut-il sacrifier la sécurité alimentaire au nom du changement climatique ?

14 décembre 2009



Alors que la communauté internationale place le changement climatique au premier rang de ses préoccupations, en lançant en grande pompe le Sommet de Copenhague le 7 décembre dernier, les demandes pour que l’agriculture contribue aux efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre se multiplient. D’après certaines études, le secteur contribuerait à hauteur de 14% des émissions mondiales. La Commission européenne a ainsi récemment souhaité que les agriculteurs européens réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre agricoles d’au moins 20% dès 2020, et subordonner l’octroi des aides de la PAC à ces objectifs « climat-compatibles ».

Pour autant, une vraie question se pose, comme l’a récemment souligné l’eurodéputée irlandaise Mairead McGuinness, pour savoir s’il est approprié de demander à l’agriculture de contribuer à la lutte contre le changement climatique au même titre que, par exemple, le secteur des transports. En effet, l’agriculture est un secteur stratégique, dont dépend la sécurité alimentaire planétaire, et en premier lieu celle des pays en développement. Toutefois, selon l’IFPRI, les secteurs agricoles de ces derniers seraient à l’origine de plus de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Or, la priorité à court terme de ces pays est de produire suffisamment pour nourrir leur population ; et le milliard de personnes qui souffre encore aujourd’hui de la faim dans le monde prouve que cet objectif est loin d’être atteint.

Le changement climatique et la sécurité alimentaire sont deux priorités pour la communauté internationale. Si l’agriculture a sans doute un rôle à jouer dans l’atténuation du changement climatique, en tant que gardienne des écosystèmes terrestres qui peuvent absorber le CO2, il est néanmoins nécessaire de ne pas diluer les politiques de régulation du secteur agricole dans des objectifs climatiques contraignants, au risque de voir les intérêts climatiques de long terme aller à l’encontre des intérêts stratégiques permanents de la sécurité alimentaire. Mais surtout, que valent ces études qui concluent hâtivement à l’impact négatif de l’agriculture sur le climat, alors que les modèles de prévision la concernant sont contestés et que le potentiel de l’agriculture n’est pas clairement pris en compte ?

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Regards sur l'actualité
Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 9 février 2012