Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Est-ce cela la «démondialisation»?



Thierry Pouch, Assemblée permanente des Chambres d’Agriculture (APCA)

9 Janvier 2017

Sommes-nous entrés dans l’ère de la « démondialisation » ? Voici l’interrogation de l’économiste Thierry Pouch qui, dans la lettre économique des chambres d’agriculture de novembre dernier, s’appuie sur le constat du ralentissement des flux commerciaux de marchandises pour en interroger les causes et les conséquences. Ainsi qu’il l’explique dans l’article que nous reproduisons ci-après
1, les chiffres de l’OMC2 et du FMI publiés en septembre 2016 font état d’une progression en volume des échanges internationaux de 1,7% pour 2016 en deçà de la hausse de la production mondiale comprise entre 2,2% et 3%.

Pour expliquer cette baisse relative, Thierry Pouch évoque plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs, l’essoufflement de la segmentation des processus de production « sous la double impulsion des augmentations de salaires dans les pays émergents et des stratégies de relocalisations déployées par les firmes multinationales », sur fond d’atonie généralisée (ralentissement de l’économie chinoise, de la croissance européenne, récessions de certains pays en développement).

La résurgence des mesures protectionnistes explique également ce ralentissement des échanges. Si le vocable de « nationalisme économique » peut être employé à juste titre dans certains cas de figures, une part importante des mesures pourrait toutefois avoir été prises au nom de mesures antidumping ou simplement pour éviter de confronter des secteurs productifs à des prix internationaux qui atteignent des niveaux si bas qu’ils n’ont plus de rationalité économique. Certes, la distinction entre volonté de nuire à l’autre et besoin de trouver des solutions à court terme pour sauver des secteurs importants de l’économie n’est pas chose aisée. Dans le second cas, comment blâmer des gouvernements qui cherchent juste, à leur niveau, des solutions pour pallier les limites de la gouvernance mondiale néolibérale actuelle ?


La rédaction de momagri




Lorsque l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) publia en septembre dernier ses estimations de croissance des échanges de marchandises, elle a rapidement suscité de nombreuses réactions, émanant notamment de la communauté des économistes. A la fin de l’année 2016, cette variation annuelle des flux commerciaux n’atteindrait que 1,7%, soit le taux le plus faible depuis le déclenchement de la crise financière en août 2007. Pire, cet accroissement se situerait en deçà de celui de la production (entre 2,2 et 3% pour l’année 2016), ce qui n’était jamais arrivé depuis trente ans.

Autre indicateur permettant de prendre la mesure de l’essoufflement du commerce mondial, celui s’effectuant entre les 7 principales puissances économiques de la planète, le G7. Alors que les flux commerciaux de marchandises augmentaient en moyenne de 10% l’an durant la période 2000-2008, la valeur du commerce mondial n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant crise. En 2008, cette valeur s’élevait à près de 3300 milliards de dollars, elle n’était que de 2700 au premier trimestre 2016.

Il est désormais avancé que la résurgence des pratiques protectionnistes au sein des pays composant le G20 expliquerait en grande partie cette contraction du commerce mondial de marchandises. Dit autrement, le regain de nationalisme économique auquel nous assistons, constituerait le signal fort d’un processus en cours de «démondialisation».

Les déclarations de Donald Trump durant sa campagne électorale, pourraient participer de cette amplification de la «démondialisation», et font écho à la lointaine loi américaine de juin 1930, dite loi Smoot-Hawley, qui augmenta les droits de douane sur plus de 20 000 produits, occasionnant des représailles commerciales de la part des pays qui en furent la cible. Ces mesures protectionnistes ont en temps de crise une finalité. Celle de répondre à une demande de protection des emplois et des niveaux de vie exprimée par les salariés et les citoyens.

Dans la situation présente, elles ne forment toutefois que la partie émergée de l’iceberg. Car il existe un second facteur, plus structurel celui-là, explicatif du ralentissement du commerce mondial. Il a trait aux chaînes de valeur mondiales qui, on le sait, est l’autre expression pour qualifier la segmentation des processus de production qui a été instaurée vers la fin des années 1980 par les grandes firmes multinationales. Ces dernières se sont appuyées sur les faibles coûts de transport, de l’énergie, sur des droits de douane minimum, sur l’essor du transport par conteneurs, sur l’affirmation des technologies de l’information et de la communication. C’est cette segmentation qui semble aujourd’hui s’essouffler, sous la double impulsion des augmentations de salaires dans les pays émergents et des stratégies de relocalisations déployées par les firmes multinationales.

Il ne faut pas sous-estimer par ailleurs l’impact du ralentissement chinois, les récessions profondes dans les autres économies émergentes, et, enfin, l’atonie persistante de la croissance en Europe, autant de facteurs qui bloquent l’investissement productif, et se répercutent notamment sur les échanges de biens d’équipement.

Le fait est pourtant là et il s’impose à nous. Les échanges se contractent. On peut comprendre que les acteurs économiques les plus convaincus des vertus du libre-échange s’en alarment et exhument à l’envi le spectre des années 1930. Il n’en demeure pas moins que ce débat ne doit pas empêcher de dresser un bilan de la mondialisation, de pointer ses effets négatifs, car il y en a, comme nous y invite, de façon surprenante, le Fonds Monétaire International.


1 http://www.chambres-agriculture.fr/(...)/Lettre_eco_cereales_367_2016_APCA.pdf
2 https://www.wto.org/french/news_f/pres16_f/pr779_f.htm


Haut de page
Paris, le vendredi 17 novembre 2017