En Inde, dans la région du Bengale-Occidental, un conflit ouvert a éclaté entre le constructeur automobile indien Tata et les paysans, ces derniers estimant qu’une partie des terrains du site de l’usine leur avait été injustement extorquée. Ils réclament de meilleurs compensations, voire pour certains la restitution de leurs terres, et, pour cela, n’ont pas hésité à initier un blocus illimité. Ce phénomène n’est pas isolé, et il a même tendance à se généraliser dans les pays émergents comme le Brésil ou la Chine. Ces pays, caractérisés par une forte croissance économique et un taux de pauvreté important, se trouvent dans une situation ambiguë. S’ils reconnaissent aujourd’hui l’importance de disposer d’un certain niveau de sécurité alimentaire et d’approvisionnement – et l’échec des dernières négociations de Doha l’illustre assez – ils autorisent néanmoins l’implantation de nombreux projets d’industries lourdes sur des terres à usage agricole, aux dépens de la population locale. Or, les conséquences peuvent être très lourdes. D’une part, en termes de sécurité alimentaire : l’expropriation d’un certain nombre d’agriculteurs réduit la production agricole, ce qui accroît la dépendance du pays aux importations de produits alimentaires. D’autre part, en termes de paix sociale : privés de leurs moyens de subsistance, ces agriculteurs vont en effet nourrir les rangs des populations urbaines pauvres, compromettant ainsi la stabilité sociale du pays. C’est pourquoi, si le développement industriel est une condition importante au développement économique de l’Inde et plus généralement des pays émergents, il ne doit pas se faire au détriment de leur agriculture, au risque de remettre en cause l’ensemble de leur dynamique de développement. |