Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Embargo russe : paradigme d’un monde en mutation

8 Septembre 2014


Moscou a imposé un embargo le 7 août sur les produits agricoles en provenance d’Europe, des Etats-Unis, de Norvège, d’Australie et du Canada, en réponse aux sanctions imposées contre la Russie sur fond de crise en Ukraine. Décrétée pour une durée d'un an, cette interdiction concerne le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait et les produits laitiers, ainsi que les légumes et les fruits.

Selon Eurostat, la Russie absorbe 10 % des exportations agricoles et agroalimentaires de l'UE. Les produits ciblés par Moscou représentent au total 5 milliards d’euros, alors que les exportations agricoles et alimentaires de l’UE vers la Russie atteignent annuellement quelque 12 milliard d’euros. Pour l’agriculture française, les débouchés sur le marché russe représentaient 737 millions d’euros en 2012.

Si les avis divergent sur l’ampleur à terme des conséquences de cet embargo sur l’agriculture européenne, le potentiel de production de l’UE est aujourd’hui mis à mal faisant craindre un effondrement des prix en raison d’un engorgement du marché. Pour faire face dans l’immédiat à cette situation, Bruxelles s’est rapidement mobilisé et a proposé des mesures d’urgences pour les fruits, les légumes, les produits laitiers (aide au stockage, campagne de promotion des produits européens, recherche de nouveaux débouchés…) ainsi qu’un déblocage de fonds à hauteur de 125 millions d’euros pour les fruits et légumes périssables et de 10 à 20 millions d’euros pour le lait. Cependant d’ores et déjà il apparaît que les réserves de crise prévues par l’actuelle PAC, qui s’élèvent à 400 millions d’euros, devraient s’avérer insuffisantes. Autre option envisagée, la saisine de l’OMC, mais cette opération devrait s’avérer longue et délicate. Ainsi, si cet embargo permet d’éprouver l’Europe en cas de crise, il n’entame en rien le sentiment général d’une agriculture européenne, variable d’ajustement en cas de tension géopolitique.

Finalement, il s’agit d’aller au-delà d’une vision courtermiste : les conséquences économiques de cet embargo sont réelles, mais que signifie-t-il en termes de redistribution des cartes sur le plan européen et international ? Cet embargo aux motivations politiques aura dans un premier temps prouvé la nécessité d’instruments d’intervention sur les marchés en vue de se prémunir des effets déstabilisateurs de décisions unilatérales. Ainsi que l’a déclaré Xavier Beulin « les conséquences de l’embargo russe justifient une politique de régulation des marchés » et la PAC doit intégrer une dimension géostratégique dans ses principes d’intervention.

Mais plus globalement, il s’agit du constat d’un déficit de volonté politique au sein des instances internationales, incarné notamment par l’échec de l’OMC à être reconnue par tous en tant qu’instance fiable. La montée en puissance des BRICS et du bilatéralisme notamment en matière de sécurité alimentaire en témoigne.

Dans ce contexte instable et en proie à l’éclatement, il est plus que jamais urgent de mettre en place une enceinte de coopération dans le cadre d’une Organisation Mondiale de l’Agriculture reposant notamment sur une agence de notation indépendante permettant de rendre compte des réalités économiques, commerciales et géopolitiques .


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Paris, le jeudi 23 novembre 2017