Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Doha, encore et toujours ?

30 mars 2009



Selon le projet de communiqué final obtenu par le Financial Times1 , les dirigeants du G20 devraient sans surprise renouveler leur promesse de lutter en priorité contre le protectionnisme. Le document, qui se décline en 24 points, souligne ainsi que l’ouverture des marchés et le libre-échange est un « levier de croissance crucial » pour l’économie mondiale. Il renouvelle en conséquence pour les « 12 prochains mois » les engagements pris par les gouvernements en novembre dernier de ne pas recourir à des mesures protectionnistes (barrières tarifaires, restrictions commerciales), « même dans le cadre de ce qui est actuellement autorisé par l’OMC ».

Mais il va plus loin, en réaffirmant surtout la nécessité de « parvenir rapidement à un accord sur les modalités de Doha afin de conclure le cycle », comme ne cessent de le répéter les décideurs politiques depuis les trois derniers mois2, les gains pour l’économie mondiale étant estimés, selon le communiqué, à 150 milliards de dollars US par an.

Ce faisant, le projet de communiqué confirme les rumeurs qui ont précédé le G20 : la lutte contre le protectionnisme est devenue depuis quelques mois la priorité numéro un des gouvernements, et la conclusion du cycle de Doha est aujourd’hui vue comme le meilleur moyen pour l’atteindre, du fait du signal politique fort qu’il représente.

Or, s’il est important de saluer l’engagement du G20 à lutter contre le protectionnisme, il convient d’alerter les gouvernements sur le fait que les efforts et stratégies aujourd’hui déployés risquent au contraire de les y mener tout droit, en raison du « double visage » du cycle de Doha. Si le signal qu’il véhicule est positif, en termes de relance de la coopération et de la confiance internationale, il y a tout lieu de craindre que la conclusion engendre des replis protectionnistes, comme nous le démontrons dans notre communiqué de presse (publié le 31 mars 2009)3 , dans la mesure où il provoquera sans aucun doute une fragilisation de la sécurité alimentaire mondiale.

Par ailleurs, rien n’est plus incertain que les gains mis en avant dans le communiqué. Ils sont non seulement insuffisants pour garantir la sécurité alimentaire mondiale (ils ne représentent que 2,5 USD/an/habitant), mais ils sont surestimés, car les institutions internationales se basent sur des modèles inadéquats qui négligent des variables essentielles comme les taux de change, la volatilité des prix ou les spéculateurs. D’autre part, à supposer que les gains soient effectivement de 150 milliards USD, rien ne dit comment ils vont se répartir entre les différents pays du monde, et au sein de chaque pays, entre les différentes classes de population, ni sur combien d’années la communauté internationale pourrait en bénéficier. En tout état de cause, le modèle momagri4 démontre que les paysans de tous les pays du monde, à l’exception de ceux du Brésil, verraient leur revenu diminuer, parfois de manière drastique.

Bref, on continue d’avancer à vive allure dans un brouillard épais. C’est pour cela que la conclusion du cycle de Doha doit être pesée avec sagesse et réflexion. Elle constitue à n’en pas douter un signal politique tentant dans la période troublée que nous traversons, mais trop dangereux en termes économiques et stratégiques car les risques de retournement sont grands et, pour le moment, absolument pas évalués par les décideurs politiques.

1 Financial Times, « G20 draft communiqué », 29/03/2009
2 Cf. momagri, « Le récent retour en grâces de Doha appelle à la prudence », 02/03/2009 http://www.momagri.org/FR/Articles/Le-recent-retour-en-graces-de-Doha-appelle-a-la-prudence_448.html
3 Cf. momagri, « Sommet du G20 : Une priorité absolue : la sécurité alimentaire ! », 30/03/2009 http://www.momagri.org/FR/Tribunes/Sommet-du-G20-Une-priorite-absolue-la-securite-alimentaire-_466.html
4 Cf. momagri, « Loin de prémunir le monde du protectionnisme, un accord agricole à l’OMC peut nous y mener tout droit », 30/03/2009 http://www.momagri.org/FR/Articles/Loin-de-premunir-le-monde-du-protectionnisme-un-accord-agricole-a-l-OMC-peut-nous-y-mener-tout-droit-_465.html

Haut de page
Regards sur l'actualité
Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 8 février 2012