Lancées en 2001, les négociations du cycle de Doha semblent définitivement vouées à l’échec : les membres les plus influents de l’OMC n’y croient plus.
La semaine dernière, le représentant permanent des Etats-Unis à l’OMC Michael Punke a déclaré que les participants devraient reconnaître que le cycle est au point mort, ajoutant qu’il valait mieux ne pas avoir d’accord du tout qu’un mauvais accord. Quelques jours plus tôt au Canada, c’était le groupe de Cairns qui semblait prendre acte de l’enlisement des négociations. Réunissant les grands exportateurs de matières premières agricoles comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Argentine et le Brésil, ce groupe s’était fixé comme objectif premier de lutter contre les subventions agricoles. Pourtant, face au constat de l’échec de Doha, ils ne réclament plus leur suppression totale.
En attendant la réunion ministérielle de décembre, qui ne fera sans doute que confirmer l’échec des négociations comme nous le soulignions précédemment1, les différents Etats membres cherchent désormais à identifier des modalités alternatives au cycle de Doha tel qu’il existe aujourd’hui.
Michael Punke a ainsi insisté sur la nécessité de modifier l’approche « du plus petit dénominateur commun » actuellement en cours à l’OMC, qui voit les pays les plus réticents à ouvrir leur marché dicter les termes des négociations. Il propose une approche permettant à des pays plus ambitieux de mener le cycle.
Le groupe de Cairns a, quant à lui, ciblé son discours sur l’ouverture des frontières et exprimé la nécessité de remettre le dossier agricole au cœur des discussions de l’OMC, au nom de la sécurité alimentaire. Certes, l’enjeu est plus que jamais d’actualité, mais il est permis de douter, comme le fait le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation Olivier de Schutter, des effets bénéfiques du commerce sur la sécurité alimentaire, du moins tant que ne sont pas reconnues les spécificités économiques de ce secteur clé.
Ainsi, de plus en plus de voix s’élèvent pour officialiser la « mort clinique » du cycle de Doha et envisager d’une part la refonte des fondements même du cycle, afin d’y intégrer des aspects stratégiques qui font aujourd’hui cruellement défaut au volet agricole, comme la sécurité alimentaire et d’autre part le processus de négociation en cours dans un monde qui a profondément évolué depuis 2001.
Libéralisation dérégulée des marchés agricoles et sécurité alimentaire des peuples n’ont jamais fait bon ménage.
1 Cf Article momagri du 25/07/11 « OMC : Nouvel aveu « d’énormes problèmes » par Pascal Lamy » http://momagri.fr/FR/regards-sur-l-actualite/OMC-Nouvel-aveu-d-enormes-problemes-par-Pascal-Lamy_962.html
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