Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Des « réformes historiques » attendent l’agriculture japonaise

30 Juin 2014


« Briser les barrières qui entravent le potentiel de croissance du Japon », c’est dans cette perspective que le premier ministre japonais Shinzo Abe a dévoilé le 24 juin le troisième volet de sa stratégie, appelée « Abenomics », en vue d’aider le pays à gagner en compétitivité.

Plusieurs mesures sont envisagées dont d’importantes réformes du secteur agricole japonais. Le gouvernement souhaite rendre l’agriculture plus compétitive notamment dans l’optique de la signature du Partenariat Transpacifique (TPP)1. Il propose ainsi des mesures de facilitation d’investissements des entreprises privées dans ce secteur ainsi que la fin du monopole de la fédération des coopératives agricoles JA-Zenchu, dont les activités dépassent largement celles des coopératives européennes ou américaines.

Des monopoles comme la JA n’ont pas été réformés depuis la seconde guerre mondiale, ces mesures seront ainsi les premières en 60 ans. Cependant la mise en œuvre de cette politique de libéralisation de l’agriculture japonaise pourrait s’avérer délicate et largement impopulaire, car certaines de ses composantes impliquent davantage de dérégulations. Dans un pays qui soutient largement son secteur agricole – l’agriculture japonaise est la troisième agriculture la plus aidée au monde – ce revirement sera dur à accepter.

D’ores et déjà certaines voix s’élèvent pour dénoncer un projet qui ne manquera pas de fragiliser davantage le secteur agricole. Surtout, le TPP, dont la signature devrait être finalisée cet automne, est particulièrement décrié par une partie des agriculteurs japonais. Pointé du doigt pour son manque de transparence, cet accord est notamment accusé de faire la part belle aux investisseurs au détriment des agriculteurs et de fragiliser des politiques agricoles pourtant indispensables. Les négociations visent, comme pour d’autres accords de libre-échange, à éliminer les droits de douane et les autres obstacles aux échanges de biens industriels et agricoles. Or ces dispositions sont appréciées et interprétées de différentes manières suivant les pays partenaires.

Si une certaine libéralisation de l’agriculture japonaise s’avère indispensable car elle peut être source d’innovation et de productivité, y procéder de manière brutale ne ferait que renforcer à l’avenir les tentations et réflexes protectionnistes. Ainsi, le gouvernement japonais ne pourra faire l’économie de politiques de transition adaptées aux caractéristiques nationales de même que de mécanismes de régulation adéquats afin d’optimiser les effets positifs de la libéralisation et en amoindrir les effets néfastes.

1 Traité de libre-échange le plus important jamais négocié, qui comprend aujourd’hui 12 pays et représente plus de 40% du PIB mondial


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Paris, le samedi 23 septembre 2017