Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

De Québec à Wellington : la crise du lait se mondialise

14 Septembre 2015


Les marchés laitiers européens et maintenant mondiaux sont en ébullition, le mois d’août ayant connu une nouvelle chute drastique des prix. L'indice FAO des prix des produits laitiers a ainsi plongé de 9,1 % pour ce mois.

Les raisons d’une telle tension sur les marchés laitiers ? Essentiellement, une surabondance de lait (l’offre excédant la demande), liée à la chute du prix du pétrole, à l’embargo russe prorogé jusqu’au mois d’août 2016 et à la baisse de la demande chinoise. La contraction de cette dernière s’expliquant par la baisse de la demande des consommateurs chinois et les investissements massifs de la Chine dans le développement de ses propres structures de production laitière (tant sur place qu’à l’étranger, on songe notamment au projet sino-russe en cours de construction dans le nord-est du pays et à l’usine « chinoise » d’Isigny en France).

Parmi les exemples les plus emblématiques de la situation actuelle : celui de la Nouvelle-Zélande, marché laitier de référence, qui a subi de plein fouet la chute des cours mondiaux. La coopérative Fonterra a ainsi annoncé des prix réduits de moitié cet été par rapport à 2013 avec une moyenne de 200 euros la tonne. La situation est d’autant plus anxiogène que les produits laitiers représentent un quart des exportations totales du pays. Face à cette crise, Fonterra a supprimé plus de 500 emplois en juillet.

Du côté des Etats-Unis, si les producteurs laitiers étaient jusqu’à maintenant relativement préservés par la chute des prix du lait sur les marchés globaux, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Selon l’USDA, le prix global du lait perçu par les farmers était de 16.60 USD en juillet 2015 soit une baisse de 6.70 USD par rapport à juillet 2014. La situation n’est pourtant en rien comparable à celle de la Nouvelle-Zélande, et si une chute brutale devait advenir – à l’image de celle de 2009 et 2012 – pour bon nombre d’analystes américains le Margin Protection Program (MPP) mis en place par le nouveau Farm Bill serait à même de préserver les marges des producteurs.

Enfin, à Québec, au Canada, Les producteurs de lait ont touché 9 $/hl de moins en juillet 2015 par rapport à juillet 2014, ce qui se traduit par un déficit d’environ 4 500 $ pour une ferme affichant une production moyenne. Cependant, comme le rappelait le porte-parole des PLQ (Producteurs de Lait du Québec) « sans minimiser l’impact sur les fermes laitières, la gestion de l’offre permet fort heureusement que seule une partie infime des ventes de lait soient assujetties aux prix mondiaux ». Environ 13 % des volumes de lait produits au Québec se retrouvent dans ces classes spéciales tributaires des fluctuations des marchés mondiaux.

Finalement, de l’Europe à la Nouvelle-Zélande, la nature structurellement instable des marchés laitiers est une constante indéniable. Et du fait de la volatilité intrinsèque de ces marchés, il est aujourd’hui impossible de prédire la tendance future des prix. Cependant, si la crise laitière s’est mondialisée, si l’hypervolatilité fragilise davantage les exploitations touchées, l’impact diffère en fonction des réponses apportées par les pouvoirs publics en place.

La crise actuelle, devrait surtout encourager les responsables nationaux et internationaux à songer à un renouvellement de la gouvernance agricole mondiale, autour de deux questions centrales : comment faire pour réguler sans perturber le fonctionnement des marchés ? Comment faire pour mettre en place un système homogène au niveau mondial ?


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Paris, le samedi 18 novembre 2017