Pour sécuriser ses approvisionnements en lait et ne plus être soumis à la forte volatilité des prix mondiaux, Danone cherche à financer la création d’élevages géants, concentrant des dizaines de milliers de vaches laitières à proximité de ses usines de transformation. « Si nous avions sécurisé nos approvisionnements en lait, nous aurions été les rois en 2007… » confie Bernard Hours, directeur général des produits laitiers frais de Danone au quotidien Les Echos1. Ce grand groupe, dont le chiffre d’affaires annuel avoisine les 14 milliards d’euros, a en effet souffert de la hausse des cours qui lui aura coûté 290 millions d’euros en 2007, une somme compensée selon Bernard Hours par des gains de productivité et un report de l’augmentation des coûts de production sur le prix des yaourts. Au vu de cette expérience, les dirigeants du géant de l’agroalimentaire souhaitent étendre son contrôle sur l’amont de la filière en finançant la création de fermes laitières géantes à proximité des usines de transformation. Danone souhaite en effet reproduire le modèle adopté en Arabie Saoudite par le groupe Al Safi, l’un de ses partenaires depuis 1998, qui détient la plus grande ferme laitière du monde à 40 kilomètres de Ryad. Pas moins de 32 000 vaches sont concentrées dans un bâtiment parachuté au beau milieu du désert, au sein d’une exploitation s’étendant sur plus de 7 500 hectares produisant plus de 165 millions de litres de lait par an. La formule alimentaire, l’une des principales clés de la productivité des vaches, est finement élaborée à partir de concentrés importés (tourteaux de soja) et de produits issus des terres environnantes irriguées. En dépit des nombreuses questions que soulèvent un tel système de production implanté dans une région désertique, en termes de durabilité économique et environnementale notamment (l’eau est une denrée rare et donc chère), Danone veut reproduire ce modèle dans d’autres régions du monde, depuis le Moyen Orient jusqu’à l’Inde ou la Chine, en passant par l’Algérie et l’Afrique du Sud. Selon le journal Les Echos, le groupe français est ainsi à la recherche d’investisseurs pour financer quatre ou cinq unités de production de ce type dans le monde. L’une d’elles pourrait voir le jour « dès 2008 », précise dans le même article Philippe Bassin, directeur des achats de la division lait de Danone. Au-delà des seules préoccupations logistiques et le souci de réaliser des économies d’échelle, le comportement de Danone illustre bien le besoin qu’éprouvent les agents économiques de se prémunir par tous les moyens contre les ruptures d’approvisionnement et la volatilité des prix agricoles. Des phénomènes censés, selon l’OMC, être limités par une libéralisation totale et non régulée des échanges pourtant déjà bien amorcée… |