Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Crise du marché bovin américain

16 Mai 2016


La production bovine représente un secteur stratégique aux Etats-Unis. Plus gros producteur mondial de viande bovine, mais aussi le plus gros importateur, la filière traverse aujourd’hui une zone de turbulences inédites. Une grande incertitude plane sur l’évolution future du marché marqué par une baisse des prix et une crise de disponibilités, le tout dans un contexte de poursuite des négociations de libre-échange, bien loin de satisfaire les professionnels du secteur, en particulier le partenariat transpacifique (TPP).

Le Government Accountability Office (GAO), l'organisme d'audit, d'évaluation et d'investigation du Congrès des États-Unis chargé du contrôle des comptes publics du budget fédéral des États-Unis, a ainsi été chargé par le Sénat américain d’enquêter sur la brusque chute des prix des bovins lors des deux derniers trimestres de 2015. En effet, le marché bovin américain a connu sur cette période une brusque baisse de 15,1% des prix, alors que les fondamentaux du marché avaient résisté aux hausses historiques des prix du bétail en 2014 et pendant la première moitié de l’année 2015. Alors qu’aucun des fondamentaux n’aurait bougé en 2015, la question se pose de savoir pourquoi les prix ont si brutalement baissé. « Une telle magnitude de mouvement du prix ces derniers mois et ce type de volatilité est quelque chose que nous n’avons historiquement jamais vécu » a précisé Ted Schroeder, économiste à l’Université du Kansas1.

Cette chute des prix intervient alors que les Etats-Unis sont devenus en 2014 importateurs nets de viande bovine. En cause, la chute de la production de l’ordre de 6% liée à la sécheresse dans le sud des Etats-Unis et au prix élevé de l’alimentation animale, qui a entraîné la diminution des cheptels entre 2009 et 2014.

L’initiative du Government Accountability Office s’inscrit dans le prolongement de la proposition du CME Group visant à limiter le nombre d’ordres annulés en réduisant l’accès à certains types de traders sur le marché à terme bovins et ce en vue de lutter contre la volatilité excessive des prix2. Elle pose finalement à nouveau la question de la mise en place d’outil de gestion du risque spécifique à cette production. Car contrairement aux céréales et au secteur laitier qui bénéficient d’aides contracycliques et de mécanismes de contrôle des marges, le secteur bovin, de même que celui du porc et de la volaille sont des filières particulièrement intégrées. La concentration des acteurs de l'aval de la filière bovine inquiète les éleveurs, en particulier les naisseurs, qui sont atomisés. Les États-Unis comptent en 2012 plus de 913000 exploitations d’élevage bovin. Selon un rapport réalisé en 2009 par l’organisation américaine R-Calf USA, « quatre transformateurs réalisaient en 2008 près de 90 % des abattages de bovins et quelque 2170 feed-lots contrôlaient 85 % de l'engraissement, aux Etats-Unis »3.


1 http://beefmagazine.com/cattle-market-weekly/volatility-demands-decisive-action
2 Lire à ce sujet la note de Momagri
http://www.momagri.org/FR/(...)/Le-CME-Group-s-attaque-a-la-volatilite-sur-le-marche-americain-des-bovins_1718.html

3 http://www.thebeefsite.com/articles/2008/the-state-of-the-us-beef-industry-through-rcalfs-eyes/


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Paris, le vendredi 17 novembre 2017