Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Cork 2.0 : retour vers le futur ?

12 Septembre 2016


Du 5 au 6 septembre s’est tenue la conférence européenne sur le développement rural à Cork en Irlande, 20 après la déclaration de Cork de 1996 souvent présentée comme l’acte fondateur de la création du second pilier de la PAC.

Cette nouvelle déclaration, intitulée « Une vie meilleure dans les zones rurales »1, est le fruit d’un travail qui a réuni sur deux jours 300 participants européens, américains et chinois autour de 4 workshops2. Elle dresse 10 orientations politiques dans le but d’améliorer le second pilier de la PAC après 2020 : promouvoir la prospérité rurale, renforcer les chaînes de valeur rurales, investir dans la vitalité et la viabilité rurale, préserver l’environnement rural, gérer les ressources naturelles, encourager l’action pour le climat, encourager la connaissance et l’innovation, renforcer la gouvernance rurale, faire progresser l'exécution des politiques et de la simplification, améliorer la performance et la responsabilité. En somme la déclaration reprend ni plus ni moins que les différentes composantes du 2èmepilier actuel résultant de la réforme de 2013, sans proposer de véritable nouveauté.

Dans son discours d’ouverture Phil Hogan a salué l’adaptation de cette nouvelle déclaration Cork 2.0 « aux nouveaux défis du 21e siècle »3. L’amélioration du fonctionnement des filières (chaines de valeur), la digitalisation ainsi que la lutte et l’adaptation contre le changement climatique apparaissent dans la nouvelle version. Le Commissaire a également mis en avant le « Nouveau Paradigme Rural » qui vise à remplacer l’approche « Péréquation, revenu agricole, compétitivité des exploitations » par une approche plus globale « Compétitivité des zones rurales, valorisation des atouts locaux, exploitation des ressources inutilisées »4. On relèvera que le principal document de référence explicitant ce « nouveau paradigme » date de 2006, soit bien avant les crises agricoles, alimentaires, financières et économiques que nous continuons de subir et qui ont replacé l’enjeu agricole au cœur de la plupart des stratégies des grandes puissances mondiales.

A la lecture des deux déclarations de Cork, on relève que l’articulation entre politique de développement rural d’une part et politique agricole et de cohésion d’autre part n’apparait pas. Si Cork 1996 laisse même le sentiment qu’il s’agirait de restreindre à terme la PAC à sa seule dimension développement rural, Cork 2.0 est beaucoup plus mesuré même si on ne peut que rester sur sa faim quand la seule référence à la crise actuelle est transcrite par l’injonction « les agriculteurs doivent être pourvus d’outils de gestion des risques efficaces » (« Farmers should be provided with effective risk management tools »). Comment en effet mettre en avant le développement de l’emploi dans les zones rurales comme objectif sans évoquer le 1er pilier qui concentre l’essentiel des mesures permettant de protéger le secteur productif agricole contre la violence des à-coups des marchés ?

De son côté, Czeslaw Adam Siekierski, président de la Commission de l'agriculture du Parlement européen, se faisant notamment le porte-parole des nouveaux Etats membres, a néanmoins rappelé l’importance de pouvoir continuer à concentrer les ressources pour renforcer le secteur agricole en particulier en soutenant les revenus agricoles et en limitant la volatilité des prix (« supporting farm income and limiting price volatility »)5.

Si le développement rural doit certainement rester comme l’une des clés de voûte de la construction européenne, cette nouvelle conférence n’apporte pas vraiment grand-chose de nouveau et peut même être vu comme étant en retrait et plus équilibré que Cork 1 parfois considérée comme une rupture dans la place et le traitement de la dimension agricole de la PAC. Mais au final, on peut se demander si la tenue de cette conférence ne serait pas surtout due à la nationalité du Commissaire.


1 Vous pouvez lire la déclaration en suivant ce lien
http://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/conference_ue_cork_2016_developpement_rural.pdf

2 http://ec.europa.eu/agriculture/events/2016/rural-development/programme.pdf
3 http://ec.europa.eu/agriculture/commissioner-speeches/pdf/hogan-2016-09-05-cork_en.pdf
4 Cette approche est expliquée dans ce document de synthèse de l’OCDE datant de 2006
http://www.uquebec.ca/observgo/fichiers/75871_GLR3.pdf

5 http://ec.europa.eu/agriculture/events/2016/rural-development/siekierski-opening-speech_en.pdf

Haut de page
Paris, le samedi 18 novembre 2017