Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Appliquer le « zéro stock » au secteur agricole conduira à une crise alimentaire mondiale majeure

15 octobre 2007


Le dernier rapport publié par la FAO en octobre sur les « Perspectives de récoltes et situation alimentaire » dresse un constat alarmiste : « la hausse des prix à l’exportation, alliée à la montée en flèche des coûts du fret, font grimper les prix du pain et des autres aliments de base dans les pays en développement importateurs, et plus particulièrement le groupe des pays à faible revenu et à déficit vivrier, cause d’agitations sociales dans certaines régions ».

Les raisons invoquées pour expliquer l’envolée des cours des matières première agricoles sont tout d’abord la demande soutenue au niveau mondial, aussi bien pour l’usage alimentaire que non alimentaire (essentiellement les agrocarburants), mais ensuite et surtout le niveau des stocks internationaux qui atteint leur niveau le plus bas depuis 1947.

Cet « effet ciseaux », caractérisé par une envolée des prix, et une raréfaction de l’offre et des stocks, présente un risque majeur pour les pays en développement, qui voient le montant de leur facture alimentaire croître à un rythme tel – +14% depuis 2006 – que le seuil de sécurité alimentaire est dépassé pour nombre d’entre eux.

Et les prévisions de la FAO ne sont guère optimistes : « selon les indications actuelles, les récoltes céréalières de cette année satisferaient tout juste les niveaux prévus d’utilisation durant l’année à venir, ce qui empêcherait la reconstitution des stocks » a déclaré Paul Racionzer, du Système Mondial d’Information et d’Alerte Rapide de l’institution (SMIAR). Parallèlement, les facteurs déterminant la demande mondiale sont amenés à être toujours aussi puissants, comme en témoignent les fortes demandes chinoises et indiennes sur les marchés internationaux appelées à se maintenir sur le long terme.

Dès lors que les stocks mondiaux passent sous le seuil d’alerte, fixé par la FAO à 70 jours de consommation courante, ce qui est le cas aujourd’hui, ils ne peuvent plus jouer le rôle d’amortisseurs sur les marchés à terme autant que physiques, et exposent encore plus les marchés agricoles à tout choc externe, notamment climatique. Comme le souligne Michel Portier, expert au sein d’Agritel, « un nouvel incident climatique en 2008 conduirait à une catastrophe, et certainement à une crise alimentaire majeure ».

A force de démanteler les derniers outils de régulation, et de ne pas alerter l’opinion et les décideurs nationaux sur les dangers d’appliquer sans discernement la stratégie du « zéro stock », bien connue dans le secteur industriel mais dangereuse dans le domaine agricole, les institutions internationales risquent de provoquer l’une des pénuries alimentaires les plus graves de ces dernières décennies.

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012